DU 19 AU 21 NOVEMBRE 2025, LA SAUVEGARDE DE L’ART FRANÇAIS A CONDUIT UN VOYAGE D’ÉTUDE À LONDRES ET DANS LE NORTHAMPTONSHIRE, EN COMPAGNIE DE PLUSIEURS GRANDS MÉCÈNES ET MEMBRES DU CONSEIL D’ADMINISTRATION.

Organisé avec l’appui précieux de Michael Hoare, membre du conseil et mécène, ce déplacement visait à mieux comprendre les modèles britanniques de gestion, de restauration et de valorisation des édifices religieux, en rencontrant les acteurs clés de ce secteur.

Notre groupe à Londres devant St Martin-in-the-Fields

Jeudi : institutions londoniennes et modèles urbains

St Martin-in-the-Fields : un modèle d’engagement social et culturel

Le voyage a débuté à St Martin-in-the-Fields, église emblématique de Trafalgar Square, véritable « église toujours ouverte » accueillant plus d’un million de visiteurs par an. Là, mission spirituelle, une expertise dans la gestion des SDF, action sociale et gestion professionnelle se conjuguent efficacement : près de 30 offices hebdomadaires, une activité musicale de premier plan, un café très fréquenté dans la crypte, une boutique, des espaces d’exposition et un centre d’accueil pour la communauté chinoise.

Les participants ont été frappés par la qualité de la gouvernance : une équipe d’environ 120 salariés, une culture du projet affirmée et une stratégie de collecte de fonds très structurée, dont le célèbre Appel de Noël de la BBC qui collecte 3,6 M£ par an pour lutter contre la précarité.

L’intervention de Neil MacGregor, historien de l’art de renommée internationale et ancien directeur de la National Gallery et du British Museum, a été l’un des moments les plus marquants. Il a défendu avec force l’idée de l’église comme lieu d’hospitalité, d’écoute et de lien social, capable de rassembler des personnes que rien d’autre ne mettrait en relation.

Le National Churches Trust : un pilier national pour l’entretien des églises

Le groupe a ensuite rencontré lors du déjeuner le National Churches Trust (NCT), organisme indépendant qui soutient les églises de toutes confessions à travers le Royaume-Uni.

Avec des revenus annuels avoisinant les 3,8 M£, le NCT distribue près de 2,9 M£ de subventions à plus de 300 églises chaque année, qu’il s’agisse d’édifices classés, ruraux ou situés dans des zones défavorisées.

Le Trust joue également un rôle d’observatoire : ses enquêtes pointent la dégradation croissante de nombreuses églises depuis 2010. L’étude House of Good met en lumière la valeur sociale considérable générée par les activités qui ont lieu dans les églises, évaluée à 55 milliards de livres par an. Outil remarquable, chaque paroisse peut désormais estimer sa propre « valeur sociale », approche inspirante pour mesurer l’impact d’un édifice au-delà de son usage liturgique.

Westminster Abbey : un « Royal Peculiar » sans subvention publique

L’après-midi, la visite de Westminster Abbey a offert un autre modèle : un sanctuaire emblématique, indépendant de l’Église d’Angleterre, vivant uniquement de ses propres ressources.

Avec 1,4 million de visiteurs et 280 000 fidèles par an, l’abbaye génère environ 38 M£ de revenus, dont une grande partie est consacrée à sa gestion tel que l’entretien des bâtiments, au chœur etc.

La rencontre avec le Receiver General, Paul Baumann, a révélé une gouvernance très structurée : 266 équivalents temps plein, un management board associant chanoines et experts, et une équipe dédiée aux grands projets de mécénat. La résilience dont l’abbaye a fait preuve après la crise du Covid a particulièrement retenu l’attention du groupe.

La journée s’est conclue par un dîner à la Banque Hoare, où Michael Hoare nous a accueillis dans les salons historiques de cette institution familiale.

Londres en images : modèles urbains de gestion des édifices religieux

Vendredi : patrimoine rural et engagement local

La campagne du Northamptonshire : paroisses rurales et maison historique

Le lendemain, le groupe s’est rendu dans le Northamptonshire. Après avoir rencontré la veille le duc de Buccleuch, les participants ont été accompagnés par son fils tout au long de la journée.

La visite de deux églises de village, Warkton et Geddington, a permis d’entrer concrètement dans la réalité de la vie paroissiale : rôle des churchwardens élus, responsabilité financière des communautés locales (charges de fonctionnement, contribution au diocèse pour financer la salaire du pasteur, collecte pour les travaux), et mobilisation de fonds auprès des paroissiens, de trusts régionaux ou du National Heritage Lottery Fund pour les projets de restauration.

À Warkton, les participants ont découvert les remarquables monuments funéraires sculptés par Louis-François Roubilliac pour la famille ducale. Cette église illustre de manière exemplaire le défi de nombreuses paroisses rurales britanniques : conserver des œuvres d’une valeur exceptionnelle avec des moyens très modestes, grâce à l’engagement des bénévoles et au soutien de trusts spécialisés.

À Geddington, l’une des plus belles églises de la région, antérieure à la conquête normande, les échanges ont porté sur les difficultés propres aux petites paroisses rurales : baisse de la pratique, ressources limitées, mais aussi fort attachement des habitants et réelle créativité pour maintenir les bâtiments ouverts, entretenus et vivants.

Au cœur du Northamptonshire : Warkton et Geddington Church

Déjeuner et découverte de Boughton House

À l’heure du déjeuner, le groupe a été accueilli à Boughton House, propiété du duc de Buccleuch, splendide demeure surnommée le « Versailles anglais », remarquablement préservée depuis le XVIIᵉ siècle.

Grâce au directeur des collections, les participants ont pu découvrir l’histoire du château et la richesse exceptionnelle de ses œuvres.

Visite de Boughton House, demeure du duc de Buccleuch

Ce que nous rapportons de Londres

Ce voyage a mis en lumière plusieurs enseignements :
Une gouvernance de plus en plus structurée associant compétences professionnelles et engagement bénévole ;
Une culture de la mesure et du chiffre, qui permet de parler sans complexe de coûts, de recettes, de modèles économiques et de « valeur sociale » ;
Une créativité dans la diversification des ressources : cafés, boutiques, concerts, appels nationaux, fondations, loterie, etc.
L’utilisation des bâtiments des églises pour developper des ativités sociales (sans abris, alcooliques, immigrés etc.)
Un ancrage local très fort, où la collecte de fonds pour l’église fait véritablement partie de la vie de la communauté.

Autant de pistes de réflexion pour La Sauvegarde de l’Art Français, qui consacre chaque année environ 1,5 million d’euros à la restauration d’une centaine d’églises et de chapelles rurales en France, et qui souhaite renforcer encore l’accompagnement des acteurs de terrain.

Ce voyage d’étude n’aurait pas été possible sans l’engagement de Michael Hoare, de la famille de Buccleuch et de l’ensemble de nos mécènes et administrateurs présents. Les échanges nourris pendant ces deux jours continueront d’inspirer nos actions pour la sauvegarde et la mise en valeur des édifices religieux en France.

PRÉSERVER ENSEMBLE LE PATRIMOINE FRANÇAIS

Rejoignez la Fondation en devenant Ami ou Mécène et contribuez concrètement à la restauration et à la valorisation du patrimoine.