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Voir et être vu dans le Paris des Lumières – Interview de Charlotte Duvette

À la fin du XVIIIᵉ siècle, la maison parisienne n’est pas qu’un lieu de vie : elle devient un véritable théâtre social. Dans Le Paris des maisons urbaines. Voir et être vu à la fin du XVIIIᵉ siècle, Charlotte Duvette explore ces habitations où architecture et apparences se répondent, révélant les codes et la sociabilité d’une capitale en pleine mutation.
Nous avons rencontré Charlotte Duvette, lauréate du Prix Lambert 2023, pour discuter de son dernier ouvrage publié chez Hermann. Elle montre comment les Parisiens concevaient leurs demeures comme de véritables espaces de représentation sociale, et ce que ces lieux révèlent aujourd’hui sur la vie quotidienne ainsi que sur les interactions dans le Paris des Lumières.
- La Sauvegarde : Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Charlotte Duvette : J’ai commencé par des études d’histoire, de droit et d’histoire de l’art, avant de me spécialiser en histoire de l’architecture à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction de Jean-Philippe Garric, spécialiste de l’architecture de la fin du XVIIIᵉ et du début du XIXᵉ siècle. Mon mémoire portait sur le projet de la rue de Rivoli sous la Révolution, le Consulat et l’Empire. À la fin de ce travail, je me suis rendue compte qu’il y avait très peu d’informations sur d’autres formes d’habitat parisien à la même époque, en dehors des hôtels particuliers. Cela m’a conduite à développer mon sujet de thèse sur les maisons urbaines, ce qui m’a permis d’obtenir un contrat doctoral.

- La Sauvegarde : Quelles ont été les étapes après votre thèse ?
C. D. : J’ai eu l’honneur d’être lauréate du Prix Lambert de La Sauvegarde de l’Art Français et de recevoir le second prix de l’Académie d’architecture. J’ai soutenu ma thèse en 2022, puis dirigé un projet de recherche à l’Institut national d’histoire de l’art, Richelieu. Histoire du quartier (1750–1950), mené en partenariat avec la BnF, l’INA, l’École des chartes, le Centre André-Chastel et le Centre allemand d’histoire de l’art. L’objectif était d’explorer la ville à l’échelle d’un quartier à partir de sources hétérogènes — gravures, cartes postales ou encore menus de restaurants — afin de comprendre les réseaux de professionnels et les dynamiques urbaines. Ce travail s’inscrivait aussi dans une réflexion plus large sur ce que les images peuvent nous apprendre de la ville et sur la manière dont elles permettent d’approcher sa micro-histoire. Aujourd’hui, je suis maîtresse de conférences associée à l’École nationale supérieure d’architecture de Bretagne, à Rennes, où je me spécialise dans les questions de patrimoine.
Charlotte Duvette, Olivier de Rohan Chabot (président de La Sauvegarde), Alain Mérot (président du Prix Lambert) et Thomas Lambert (mécène).- La Sauvegarde : Comment êtes-vous passée du manuscrit de thèse au livre publié ?
C. D. : Ma thèse, très dense — environ 600 pages de texte et 650 illustrations — était fortement axée sur la lecture visuelle des sources et la valorisation de documents inédits. Elle reposait sur une enquête approfondie autour de la maison urbaine, pour en démontrer l’existence et la spécificité dans le Paris de la fin du XVIIIᵉ siècle. Pour le livre, j’ai resserré le texte afin de privilégier l’analyse et les constats, tout en conservant mes principales problématiques. Grâce au Prix Lambert, j’ai pu inclure des illustrations en couleur et de haute qualité, indispensables pour ce type de sujet. Je me suis tournée vers les éditions Hermann, qui publient des travaux de chercheurs en architecture mais aussi en sociologie, philosophie et beaux-arts. Mon livre met en avant la scénographie de la ville à travers l’architecture privée, la représentation sociale, la porosité entre façades, espace public et habitants, ainsi que la culture visuelle de la ville incarnée par l’habitat.
Jean-Baptiste Lallemand, Maison de M. Deshayes [au coin de la rue Caumartin], s.d., BnF, RESERVE FOL-VE-53 (F).- La Sauvegarde : Est-ce que les maisons urbaines existaient ailleurs qu’à Paris ?
C. D. : C’est un phénomène très parisien, lié à la pression foncière et aux lotissements des faubourgs, avec l’influence de l’architecture italienne. À Paris, des quartiers entiers ont été construits selon un modèle répétitif — trois ou quatre travées, un étage carré et des combles — créant un petit effet de mode, mais éphémère. Conçues avec des matériaux peu durables, ces maisons ont rapidement été remplacées en raison de la densification et la modernisation de la ville. On peut trouver quelques éléments similaires dans d’autres villes françaises, mais de manière sporadique et jamais aussi marquée qu’à Paris, car le phénomène dépendait autant de la structure de la capitale que des réseaux de constructeurs et d’architectes.
Plan des maisons n° 8 et 12 rue Duphot, annexé à l’acte de vente du 11 août 1806, A.N., M.C, étude LXIV, 527. - La Sauvegarde : Un mot pour encourager les jeunes docteurs à candidater au Prix Lambert 2026 ?
C. D. : Il faut absolument candidater : c’est une occasion rare de publier sa thèse et de la faire connaître, surtout pour des sujets anciens qui ne subsistent que par les images et les archives. Cela permet de valoriser la recherche tout en offrant une visibilité précieuse aux jeunes chercheurs.

« Grâce au Prix Lambert, j’ai pu inclure des illustrations en couleur et de haute qualité, indispensables pour ce type de sujet. »
Charlotte duvette
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