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Le vocable de la chapelle s’explique vraisemblablement par la dédicace à « Marie enfant », dont le culte est attesté par le choix du jour de la Nativité de la Vierge (8 septembre) comme fête patronale dès le Moyen Age, et par la présence depuis au moins le xvie s. d’une statue de sainte Anne enseignant la Vierge enfant. Cette hypothèse est renforcée à partir de 1898 lorsqu’une statue de Maria Bambina fait l’objet d’un culte à Mariette.

Le cours de trois ruisseaux dessinait jadis les confins des paroisses – devenues communes en 1790 – de Préaux, du Buret et de Beaumont-Pied-de-Bœuf. Au dessus de leur confluence, à quelque 2,5 km à l’ouest du centre du bourg de Beaumont, s’élève une butte silico-argileuse d’une dizaine de mètres d’altitude. A son sommet se trouve le modeste hameau de Mariette, qui tire son nom de la chapelle. Le long du chemin d’accès ont été construits, entre 1897 et 1910, plusieurs oratoires extérieurs. Le petit domaine de Mariette apparaît dans les archives à la fin du xiie s., ce qui fait supposer que la fondation de la chapelle remonte à ce siècle, bien que la date précise n’en soit pas connue. Le prieuré est absent des pouillés du diocèse du Mans, contrairement à l’abbaye d’Étival-en-Charnie (Sarthe, comm. Chemiré-en-Charnie), dont il dépend, et à la paroisse de Beaumont. Ce domaine, situé dans la mouvance des seigneurs de Sablé, se trouve sur le chemin de Laval à Sablé, qui constitue au Moyen Age un tronçon de la route entre le tombeau de saint Martin à Tours et le Mont-Saint-Michel. Les documents des xiiie et xive s. répertorient les nombreux droits concédés et confirment les possessions des religieuses de Mariette. Au xve s., une enquête est menée sur la perception des offrandes des pèlerins, cause d’un différend entre ces mêmes religieuses et le curé de Beaumont, alors que les ravages de la guerre de Cent Ans ont nécessité des travaux de remise en état. Un cimetière sur la parcelle contiguë est encore mentionné à cette époque, tandis qu’en 1824 un mur d’enceinte a été construit à cet emplacement tandis qu’un jardin « à l’anglaise » y était aménagé.

Il n’existe pas de plan de la chapelle primitive. Celle-ci, orientée, mesure 13,4 m de long ; elle est composée d’une nef de deux travées (8,3 × 5,3 m), s’ouvrant sur un chœur plus étroit (3,5 × 4,5 m), à chevet droit. Dans le mur nord de la nef, tout près de la clôture d’autel, a été adossée au xvie s., la chapelle de sainte Anne (1,7 x 2,3). Le remaniement de 1824 transforma cette dernière en sacristie ; la porte principale en plein cintre fut condamnée et remplacée par une fenêtre carrée, les ouvertures furent de nouveau modifiées ultérieurement.

Les murs, du xiie s., sont en pierre de petit module : on peut reconnaître, sous un enduit postérieur, un encadrement de porte en grès roussard. La toiture à deux pentes, est couverte en ardoise. Entièrement refaite au xvie s. en même temps que la partie supérieure des murs, elle a été restaurée en 2015 avec les mêmes matériaux. La chapelle étant dépourvue de clocher, sa toiture fut surmontée d’un clocheton couronné d’une girouette. La dédicace de la cloche (ISMH) porte la date de 1506.

Sur les murs intérieurs on reconnaît au moins neuf campagnes échelonnées entre le XIIe et le XIX e s. d’enduits ou badigeons superposés. L’ensemble de la charpente repose sur des entretoises en croix de Saint-André qui a été lambrissé, puis recouvert de faux plafonds de plâtre à fausses coupes de pierre. En 1537, une grande brique cuite aux Agêts-Saint-Brice (1,4 × 0,65 × 0,1 m) est mise en place pour supporter une table en tuffeau. Celle-ci, déposée en 1824 – un nouvel autel de marbre lui fut substitué en 1840 –, servit quelque temps de pierre de seuil à la chapelle de sainte Anne, alors transformée en sacristie, avant d’être confiée au musée de Château-Gontier en 1884. Le pavage fut partiellement refait et un chemin de croix installé en 1861-1862. Une dernière campagne de restauration eut lieu en 1887 ; les travaux suivants ne furent que des réparations. Placée au xviie s. dans le mur près de l’autel, une inscription rappelle le souvenir du curé bienfaiteur de Préaux, Jean Portier ; sa dalle funéraire se trouve au pied de l’autel. Au xviiie s., le chevet reçut un retable en tuffeau. De nombreuses plaques d’ex-voto plus récentes ont été placées dans le chœur.

La chapelle, n’ayant pas été vendue comme bien national en 1791, a pu conserver son mobilier d’origine. Deux consoles en calcaire polychrome, du XVIe siècle, encadrant le retable, portent des statues de sainte Anne (ISMH) et sainte Émerance (ISMH). Un Christ en croix (ISMH) en bois polychrome de la même époque, peut-être placé sur une poutre de gloire, fut accolé au poinçon de la charpente. La chapelle abrite trois tableaux du xviie siècle : un Baptême et une Agonie du Christ, ainsi qu’une Annonciation (ISMH) de 1638, dus aux bienfaits de Jean Portier. La Vierge à l’Enfant du retable est du xviiie siècle. S’ajouta en 1898 une Maria Bambina en terre cuite, très prisée des pèlerins ; en témoignent les bannières de procession avec soierie et plusieurs dizaines de bouquets nuptiaux confiés notamment par les mariées de la région dont les époux étaient rentrés vivants en 1918.

La commune, avec le soutien de l’association des Vieilles Pierres Belmontoises, a commandité en 2015 la restauration de la toiture. En 2018, le parement de charpente en lambris de châtaigner a été débarrassé des voûtes en plâtre et patiné par chaulage. Les entraits et poinçons d’origine ont été conservés comme témoins. Pour cette dernière campagne ainsi que pour la restauration des façades sud et ouest, la Sauvegarde de l’Art français a attribué en 2016 une aide de 5 000 €.

Cyril Daydé

 

Le projet en images

Beaumont-Pied-de-Boeuf (53) Chapelle ND-de-Mariette

Beaumont-Pied-de-Boeuf (53) Chapelle Notre-Dame de Mariette

Beaumont-Pied-de-Boeuf (53) – chapelle de la Mariette- 2015- plan par la Société d’Archéologie et d’Histoire de la Mayenne