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Le Musée des beaux-arts de Rennes est l’un des plus riches musées français. Outre un collection très importante de peintures françaises du XVIIe siècle, il possède un ensemble d’œuvres remarquables du XIXe siècle. Il souhaite aujourd’hui acquérir 31 carnets de dessins de Camille Boiry (1871-1954). Il s’agit en effet d’une opportunité rare de collecter, étudier et valoriser l’œuvre d’un artiste voyageur breton du début du XXe siècle, par l’acquisition d’un fonds de 31 carnets de dessins jamais dispersés, couvrant l’ensemble de sa carrière et de ses voyages.

UN ENSEMBLE EXCEPTIONNEL DE PLUS D’UN MILLIER DE DESSINS

Parcourir les 31 carnets de dessins de Camille Boiry, c’est plonger dans son quotidien de ses débuts et sa formation à Tours à sa vie d’artiste à Paris en passant par ses nombreux voyages, et ses séjours en Bretagne à laquelle il est resté profondément attaché jusqu’à sa mort en 1954. 

Ces archives d’une vie ont été précieusement gardées après le décès de l’artiste par son ami Yan Petit de la Villéon, puis par les propriétaires suivants. Acquérir l’ensemble du fonds permettra d’éviter la dispersion des dessins le constituant, qui pourraient être vendus individuellement, ce qui rendrait plus difficile l’étude d’un artiste qui reste à redécouvrir.

(c) G. Kazerouni

Le Musée des beaux-arts de Rennes conserve dans ses collections Le Joueur de Biniou, l’une des œuvres les plus importantes de Camille Boiry qui soit conservée aujourd’hui dans un musée. Illustration emblématique de la vision colorée et pittoresque de « la Bretagne touristique » de l’entre-deux guerre, le tableau a été récemment mis en lumière à l’occasion de l’exposition Rennes 1922 (2022). Cette visibilité a mené la Galerie St-John à signaler au musée cet ensemble exceptionnel de carnets miraculeusement conservés intacts et groupés.

Le cabinet des dessins du Musée des beaux-arts de Rennes s’impose par ailleurs comme un fonds incontournable d’étude pour les artistes bretons ou ayant exercé en Bretagne aux 19e et 20e siècles. De grands fonds d’ateliers y sont conservés : Jobbé-Duval, Le Hénaff, Camille Godet, Lemordant, Émile Boussu… Étudiés de façon approfondie ces dernières années, ces ensembles ont permis de recomposer plusieurs carrières d’artistes à travers des ouvrages et des expositions. 

Le Joueur de Biniou, Camille Boiry, 1909, Musée des beaux-arts de Rennes © Ville de Rennes, Musée des beaux-arts, cliché J.-M. Salingue

CAMILLE BOIRY : CONTER UNE VIE D’ARTISTE À TRAVERS DES CARNETS

Camille Boiry est un peintre et dessinateur né à Rennes le 6 janvier 1871 et mort le 10 octobre 1954 à Loctudy. Artiste oublié, dont le Musée des beaux-arts de Rennes et le musée des Beaux-Arts de Tours conservent des œuvres, Boiry bénéficie ici d’une biographie inédite enrichie de nombreuses informations apportées par la découverte des carnets dont le musée de Rennes souhaite faire l’acquisition. 

De Rennes à Tours, la formation et les débuts 

Camille Boiry se forme au dessin au Lycée puis à l’École des Beaux-Arts de Tours, où sa famille semble s’être établie. Les paysages de Touraine constituent en effet son premier répertoire d’études dans un carnet daté entre 1885 et 1887, période correspondant à ses premiers pas d’artiste. La Ville de Tours lui fournit ensuite une bourse d’étude lui permettant de poursuivre sa formation à l’École des beaux-arts de Paris où il est inscrit le 16 juillet 1889 avec le peintre Ernest Laurent comme professeur garant. Il y est également l’élève de Léon Bonnat. En 1898, il remporte une première médaille lors d’un concours d’esquisse, et en 1899 il obtient le troisième prix au concours Chenavard avec son tableau intitulé Dante aux Enfers (Tours, musée des Beaux-Arts). Ses croquis des années 1892-1895 sont les témoins de la vie quotidienne militaire qu’il semble vivre à Anger (135e d’Infanterie) et à Paris (82e d’Infanterie), période correspondant probablement à celle de son service militaire, alors obligatoire pour tous les jeunes français de 19 ans pendant trois ans.

Dante aux enfers, Camille Boiry, 1899, Musée des beaux-arts de Tours © Ville de Tours, musée des Beaux-arts

La carrière parisienne

Il rentre ensuite à Paris et participe aux Salons des Artistes Français de 1897 à 1954 avec une présence chaque année de 1897 à 1914. Ses œuvres sont quelques fois saluées par le jury. Citons à nouveau le Dante aux Enfers qui obtient en 1900 la mention honorable du Salon et est acquis par la Ville de Tours. Au Salon de 1907, il reçoit une médaille de troisième classe pour son tableau Le matin sur la plage puis une médaille d’or au Salon de 1922 pour son tableau représentant une scène de Marché au Maroc (dépôt du CNAP au Musée des beaux-arts de Tours). Mais son activité au sein des Salons ne se résume pas aux expositions parisiennes puisqu’il participe également à Toulouse en 1907 au Salon de l’Union artistique aux Galeries du Capitole et en 1908 à l’Exposition industrielle internationale. 

Bien que domicilié à Paris, Camille Boiry est également membre de la Société d’agriculture, sciences, arts et belles-lettres d’Indre-et-Loire à partir de 1911 et participe aux expositions locales, montrant son attachement à la Touraine. Mais ce qui marque profondément l’orientation de sa carrière est son appartenance à la Société coloniale des Artistes Français pour laquelle il participe, dès 1913, à l’Exposition des œuvres destinées à former le Musée de Tananarive, projet du Président de la République Raymond Poincaré, et qui se tient du 8 au 13 décembre 1913 à Paris chez MM. Bernheim-Jeune & Cie, galeriste installé au n°15 de l’ancienne rue Richepance. Il est également lauréat du prix colonial du Maroc en 1922, décerné par cette même organisation et lui permettant d’obtenir une bourse afin de faciliter son voyage sur place. 

Sur la plage de Porto Vecchio, Camille Boiry, Musée des beaux-arts de Tours © Ville de Tours, musée des Beaux-arts

Ses carnets de croquis attestent d’études de paysages, de scènes de vie et de figures qu’il réalise au Maroc entre 1920 et 1922 et permettent de connaitre son itinérance entre Meknès, Raba, Salé et Marrakech. Ses études marocaines lui fourniront le matériel à une production conséquente d’œuvres orientalistes qu’il présente notamment à l’Exposition nationale coloniale de Marseille, d’avril à novembre 1922 ou encore à l’Exposition de la Société Coloniale des Artistes Français, hébergée par le Salon parisien de 1924. À Paris, la galerie Adolphe Le Goupy lui dédie une exposition monographique le 26 avril 1922, Le Maroc : peintures par Camille Boiry. Il participe aussi à l’exposition collective organisée par la Galerie Georges Petit du 25 octobre au 11 novembre 1922 et intitulée Le Maroc vu par les Artistes contemporains. La Galerie George Petit lui dédie de plus deux expositions monographiques. La première, Exposition Camille Boiry. Peintures & Dessins. 17 – 30 janvier 1927. Bretagne, Maroc, Syrie, Corse, se fait le vaste compte-rendu de ses voyages avec la présentation de 78 numéros et la seconde, plus simplement intitulée Exposition Boiry, se tient du 16 au 30 juin 1929. 

Bien implanté dans le circuit des galeries et des expositions parisiennes, il est soutenu par le baron Edmond de Rothschild qui lui fournit un soutien financier et acquiert au Salon au moins de deux ses œuvres, Le Joueur de biniou et Sur la plage de Porto-Vecchio, qu’il donne respectivement en 1909 à la Ville de Rennes et en 1912 à la Ville de Tours. 

Enfant sur un cheval de bois, Camille Boiry, Musée des beaux-arts de Tours © Ville de Tours, musée des Beaux-arts

Croquer la vie parisienne

La vie palpitante de la capitale en ce début de siècle offre à Camille Boiry un vivier d’inspirations dont il croque les sujets dans ses carnets. On découvre par exemple, outre ses nombreuses vues de la ville, son attention tournée notamment sur les études de figures habillées à la mode de l’époque, ou encore tout un carnet dédié aux Jeux Olympiques de 1922, aussi appelés Jeux Mondiaux, première édition de jeux olympiques féminins organisée par Alice Milliat, présidente et fondatrice de la Fédération des sociétés féminines sportives de France. 

Dessins de guerre 

Pendant la Première Guerre mondiale, Camille Boiry se fait chroniqueur de guerre et consigne dans ses carnets un véritable témoignage de la vie dans les tranchées et de soldats dont il réalise le portrait, en représentant des lieux biens définis. On reconnait ainsi la ville de Ham dans la Somme, où il dessine la base aérienne de l’escadrille Lafayette et mentionne en légende d’un de ces croquis le pilote Gervais-Raoul Lufbery, communément surnommé « l’as des as ».  Boiry se porte également volontaire pour participer à l’une des missions artistiques des armées et fait partie de la 9emission agréée par la commission et envoyée sur le front pendant le mois d’octobre 1917. 

La Bretagne

Natif de Bretagne, Camille Boiry reste très attaché à sa région natale qu’il croque au fil de ses carnets qui regorgent de marines, paysages et vues de villages, scènes de genres et figures bretonnes en costumes. Il y séjourne régulièrement et dans différents lieux identifiables par ses dessins : Saint-Malo et Cancale, Pont-Aven, Keroren, Beig-Meil, l’Ile d’Arz en 1923… On retrouve ces sujets dans les œuvres qu’il présente notamment au Salon, citons par exemple Intérieur breton(n°199, 1905), Le Matin sur la plage (n°188, 1907), Vannage en Bretagne (n°183, 1908). Le Joueur de sac, œuvre aujourd’hui connue sous le titre de Joueur de biniou, présentée au Salon de 1909 (n°199) et aujourd’hui conservée par le Musée des beaux-arts de Rennes, illustre parfaitement ces scènes de genre bretonnes, prétextes à la fois pour le peintre à des études de figures en costumes bretons et à un travail sur le rendu de la lumière d’une scène d’extérieur en bord de mer. Sur une colline verdoyante, un musicien à l’arrière-plan joue de cet instrument typiquement breton, entouré de plusieurs femmes et enfants dont le jeu de regards invite à l’exploration de la toile. Au premier plan, la figure d’une mère allaitant son enfant ou encore celle d’un jeune garçon debout sur la droite du tableau, insufflent une certaine monumentalité calme à la scène. Cette prédilection de l’artiste pour les effets de lumière travaillés dans des scènes de plein-air marque largement sa production. Un des carnets est presqu’entièrement consacré aux études de cette peinture. 

Un artiste voyageur

Boiry quitte aussi régulièrement la côte bretonne pour la Méditerranée. En 1909, l’un de ses carnets nous informe d’un voyage à Cargèse en Corse, lui offrant un nouveau répertoire de sujets dans ses genres de prédilection :  les marines, les paysages, les scènes de genre. Il y réalise également des séances de pose avec des modèles qu’il rencontre là-bas et dont des détails sont reportés dans ces pages. À son retour, ses œuvres corses sont présentées aux Salons de 1910 (n°225, Le Vin ; Corse) et de 1912 (n°201, Sur la plage à Porto-Vecchio). La Galerie Vivien à Paris héberge également son travail dans une exposition intitulée Camille Boiry, La Corse, ouverte du 10 au 24 décembre 1913. L’artiste poursuit ensuite toujours plus loin son exploration du bassin méditerranéen, et outre le Maroc, ses carnets de voyage témoignent d’un séjour au Levant en avril et mai 1923 ou encore en Syrie en avril 1925 (Carnet 11 : Malte ; Carnet 18 : voyage en méditerranée mai 1925…).

Mais cet artiste voyageur ne se limite pas au continent européen et il traverse, semble-t-il à plusieurs reprises, l’Océan Atlantique pour se rendre en Amérique du Sud et plus précisément en Argentine. Ses carnets mentionnent souvent la ville de Buenos Aires où il semble même s’installer plusieurs années. En effet, des pièces d’archives datées de 1925-1928 nous apprennent qu’il aurait sollicité puis obtenu le poste de sous-directeur de l’école des Beaux-Arts de La Paz en Bolivie. Mais ayant rencontré certaines difficultés, racontées à travers une correspondance, il ne peut atteindre La Paz et demeure à Buenos Aires. Les derniers croquis de cette période argentine semblent datés de 1934. 

Retour en Bretagne

Après une vie remplie de voyages à travers le monde et une carrière remarquée par ses nombreuses participations aux Salons des Artistes Français, sans oublier ses expositions personnelles et collectives chez différents galeristes parisiens, ses carnets datés de 1939 à 1945 semblent marquer un retour au calme en Bretagne. Il s’installe alors à Loctudy où il meurt le 10 octobre 1954 à l’âge de 83 ans.

Peintre de paysages et de scènes de genre, dessinateur des personnages qu’il rencontre et grand voyageur, Camille Boiry se fait ainsi chroniqueur du quotidien comme des grands événements qui parcourent ce début de siècle et traversent sa vie. De son activité d’artiste teintée d’un orientalisme encouragé par le contexte colonial français à ses témoignages des conflits de la Première Guerre mondiale ou encore de l’effervescence parisienne dans les années folles, l’étude de ses carnets de croquis, recroisée aux indices parsemés de son activité, nous permet aujourd’hui de retracer avec plus de précision la trajectoire d’une carrière artistique extraordinaire.