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Le ciboire fusillé de Gerbéviller

Lorsque nous parlons du ciboire de Gerbéviller, nous considérons en fait un ensemble religieux constitué du ciboire en argent doré, de la porte du tabernacle en métal doré avec des pierreries, l’agneau de cette même porte en laiton et le pavillon du calice en faille blanche.

Cet ensemble se situe dans l’église Saint-Pierre de Gerbéviller (dans le Lunévillois) depuis sa fabrication entre 1838 et 1846 par la Maison Martin et Dejean à Paris. Il a été inscrit au titre des Monuments historiques.

L’histoire du ciboire

Ce ciboire a témoigné et témoigne encore des combats d’août 1914, qui détruisirent entièrement la commune de Gerbéviller, surnommée « Gerbéviller la Martyre ».

Lors des combat d’août 1914, de violents bombardements d’artillerie ont ruiné la commune, où de nombreux civils périssent. Mais c’est un acte volontaire qui rendra ce ciboire célèbre, plusieurs photographies étant éditées à de très nombreux exemplaires.
En effet, le 24 août 1914, cinq religieuses de l’Ordre de Saint-Charles, sous la direction de leur Supérieure Sœur Julie se sont illustrées lors des combats. Elles sauvèrent la vie à de très nombreux blessés de guerre dans leur Hospice pendant que l’agglomération était le centre de combats. Sœur Julie tint, de plus, tête aux occupants après la retraite des défenseurs français et obtint que l’hospice ne soit pas brûlé et permis ainsi de sauver de nombreux blessés des deux camps.

Cependant Sœur Julie ne s’arrêta pas là puisque le 28 août 1914 elle entre malgré le danger dans l’église détruite de Gerbéviller en compagnie de l’Abbé Augustin Bernard pour découvrir que des soldats bavarois avaient tenté de voler le ciboire en tirant 18 balles sur la serrure blindée du tabernacle. Elle écrit dans son journal : « Nous allons voir ce que devient le Saint-Ciboire. Monsieur le curé aura-t-il eu le temps de l’enlever avant l’effondrement du clocher ? M. l’abbé Bernard, de deux militaires armés et moi allons essayer de préserver N. S. de la profanation. Le tabernacle a été percé de onze balles. La porte n’ayant pas cédé, à cause du contrefort. Il a fallu une heure pour ouvrir la porte. Le ciboire est troué ! Les saintes hosties sont cassées par les balles. ». Pour les habitants de Gerbéviller, c’est un miracle. Le tabernacle a résisté aux assauts des allemands. De plus, le ciboire devient le symbole du courage et du sang-froid de Sœur Julie dans sa volonté de tenir tête aux soldats afin de pouvoir soigner les blessés, français comme allemands ainsi que sauver le patrimoine local.

Sœur Julie obtiendra la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur le 2 septembre 1914. Considéré comme un « objet-martyre », le ciboire est envoyé à Paris en 1916 pour être exposé au Palais des Beaux-Arts de la Ville de Paris à l’occasion de l’« Exposition d’œuvres mutilées ou provenant des régions dévastées par l’ennemi ».
A l’occasion du centenaire de la Première Guerre Mondiale, il est à nouveau exposé en ce moment à la Cité Chaillot à Paris dans le cadre de l’exposition « 14-18, le patrimoine s’en va-t-en guerre », qui vise à montrer comment l’art a pu être utilisé à des fins de propagande.

Nous tenons d’ailleurs à remercier Monsieur Jean-Marc Hofman, commissaire de l’exposition, pour sa disponibilité ainsi que pour les photos de qualité qu’il nous a fait parvenir.

Le ciboire comme objet d’art

Bien que sa valeur marchande ne s’avère pas très élevée, l’ensemble religieux a une énorme valeur symbolique pour l’histoire de la région.

Le ciboire montre sur sa coupe un décor classique de grappes et d’épis, avec des têtes d’angelots ailées entre des fleurettes et feuillages. La première porte est décorée d’une croix rehaussée de quelques pierreries.

Le tout est percé de multiples trous de balles bien que l’agneau en bronze montre un unique impact.

Le rôle du Plus Grand Musée de France

Le ciboire est aujourd’hui conservé dans une simple vitrine fabriquée vers 1915, avec les deux portes du tabernacle, percées de trous au niveau de la serrure, l’agneau en bronze qui décorait la porte forte, et le voile de calice (ou pavillon).
A part les dégâts de la guerre, le ciboire et les restes du tabernacle sont fragiles mais sont en bon état (manques quelques pierreries). Le pavillon est, quant à lui, extrêmement fragile.
Le rôle du Plus Grand Musée de France serait donc en priorité de mettre cet ensemble en sécurité pour éviter que le pavillon ne s’abime davantage et pour éviter que l’objet, dont la valeur augmente avec sa renommée ne se fasse dérober ou abîmer par une maladresse humaine.
De plus, en tant que campus franco-allemand, les étudiants de Nancy ont considéré qu’il était aussi de leur devoir de considérer le ciboire non pas comme un symbole de l’affrontement franco-allemand mais plutôt de remettre l’histoire de la Lorraine en perspective et de se féliciter qu’aujourd’hui de jeunes allemands choisissent de se battre pour la mise en valeur d’un objet mutilé par leurs ancêtres il y a un siècle. Comme Verdun, Gerbéviller est aujourd’hui un symbole de paix puisque le village s’est transformé en lieu de rencontre pacifique entre français et allemands dont le ciboire est la raison originelle.
Projet mené par Olivier Roisin, Johanne Hughes, Tom Josten, Roman Knerr, Juliette Marchet, Julie Peters, étudiants à Sciences

Le projet en images