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Église Saint-Symphorien. Non loin de la vallée du Cher, en direction de la Touraine et du Val de Loire, Genouilly conserve un patrimoine bâti d’un grand intérêt : le prieuré grandmontain de Fontblanche (XIIe-XIIIe s.), récemment remis en valeur, et un château bâti à partir d’un donjon médiéval, par agrandissements successifs du XVIe au XVIIIe siècle. Sous l’appellation de La Maisonfort, il avait le titre de baronnie en faveur d’une branche cadette de l’ancienne et puissante famille de La Châtre, qui donna, aux temps des guerres de Religion et de la Ligue, des gouverneurs de Berry et des maréchaux de France, finalement ralliés à Henri IV.

L’église paroissiale, sous le patronage du chapitre Saint-Oûtrille de Graçay, se présentait dans son état originel (dernier quart du XIIe s.) sous la forme d’un chœur d’une travée précédé d’une abside en demi-cercle et prolongé par une nef de trois travées. Le voûtement du chœur présente une particularité inattendue : ses ogives et ses voûtains sont très bombés, suivant une formule qu’on peut dire « angevine » et qui serait parvenue jusqu’ici depuis la Basse-Loire par la vallée du Cher ; un autre exemple assez proche se trouve dans la chapelle de l’abbé de Massay (Cher). Les retombées de cette voûte quadripartite, comprenant les ogives et les formerets, reposent sur des piles composées par l’intermédiaire de chapiteaux décorés d’entrelacs et de rinceaux d’un beau style roman qui fait contraste avec la voûte ogivale.

La nef, longue de trois travées, plus haute et plus large que le chœur, est sans caractère particulier. Couverte autrefois d’une charpente en berceau, elle a été pourvue à la fin du XIXe s. d’une voûte en plâtre d’apparence gothique. Sa façade occidentale a conservé au rez-de-chaussée, sa porte entre des colonnettes à chapiteaux décorés de feuillages.

Au cours du XIIIe s. fut érigé devant cette façade un fort clocher-porche de plan carré, formant narthex, contrebuté par de solides contreforts à glacis et sommé d’un toit aplati surmonté d’un petit beffroi, qui supportait lui-même jusqu’en 1900, une haute flèche couverte d’aissils.

Enfin, au XVIe s., la famille de La Châtre fit construire, de part et d’autre du chœur, deux chapelles latérales, strictement identiques, composées d’une abside polygonale et d’une courte nef d’une travée et pareillement voûtées d’ogives. Elles ouvrent sur le chœur par de grandes arcades percées dans les murs d’origine. Chacune de ces chapelles possède deux fenêtres garnies de vitraux, certains restés en place, les autres rapportés de la chapelle du château. Cet ensemble de style Renaissance, avec ses portiques, pilastres, coquilles et inscriptions en majuscules romaines, présente une série de saints personnages (saint Claude, Saint Clotaire, saint Côme, sainte Anne et la Vierge…) et la date de 1536 dans la chapelle nord, et cette même date gravée sur un cul-de-lampe de la chapelle sud. Celle-ci contient aussi un mausolée formé d’un enfeu surmonté d’un grand cadre de pierre à pilastres cannelés, trophées militaires et casque empanaché, mais ce cadre est vide. On ne saura donc pas pour quel baron de La Maisonfort il a été élevé.

Peut-être n’est-il pas superflu de rappeler qu’en juin 1931, la Société Française d’Archéologie tint son 94e congrès à Bourges et aux environs, sous la présidence de Marcel Aubert, assisté de François Deshoulières, infatigable présentateur des nombreux sites retenus. Parmi les participants, on note la présence de Madame la marquise de Maillé, vice-présidente de la Sauvegarde de l’Art français, qui reçut, à ce titre, une médaille de vermeil de la Société Française d’Archéologie et qui assista, n’en doutons pas, à la visite de l’église de Genouilly commentée par François Deshoulières.

En 2009, la municipalité de Genouilly, constatant d’importantes infiltrations d’eau dans la nef et les chapelles, a engagé la restauration des charpentes et des couvertures ; la Sauvegarde de l’Art français y a participé par une aide de 20 000 € en 2009.

Jean-Yves Ribault

 

Bibliographie :

 

  1. Buhot de Kersers, Histoire et statistique monumentale du département du Cher, t. IV, 1889, p. 158-162.

Fr. Deshoulières, « Genouilly », Guide archéologique du Congès de Bourges 1931, 1932, p. 367-372.

Fr. Deshoulières, Les églises de France, Cher, p. 125-127.

Le patrimoine des communes du Cher, t. I., Paris, Flohic, 2001, p. 447-448.

 

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