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Dominant le village de Coat-Nant, sur une sorte de terrasse de ce hameau de la commune d’Irvillac, au nord de la Cornouaille, la chapelle Notre-Dame-de-Lorette est située sur l’ancienne route de Quimper à Landerneau (voie antique), dans un cadre architectural d’un grand intérêt : maisons des xviie et xviiie s. (malheureusement en fort mauvais état), fontaine monumentale et calvaire de 1644 (cl. M.H., 1976). La paroisse elle-même, ancien prieuré-cure de l’abbaye de Daoulas, toute proche, est mentionnée dès le xie siècle dans le cartulaire de Landévennec (Ploe Ermeliac). Le vocable de Coat-Nant est formé de deux mots bretons (Koad = bois ; Nant [en vieux breton] = vallée avec cours d’eau). La dédicace à Notre-Dame-de-Lorette n’est guère une exception dans le diocèse de Quimper et de Léon : plusieurs sanctuaires portent, ou ont porté, ce nom à Bannalec, Elliant, Garlan, Gouesnou, Lanriec, Leuhan, Plogonnec, Plougasnou, Ergué-Armel, Quimperlé, Rédéné, Saint-Pol-de-Léon, preuve de la vogue de ce culte du xvie au xviiie s., ici comme dans toute l’Europe occidentale.

La chapelle actuelle a été édifiée au xviie s., si l’on se réfère aux dates inscrites dans la pierre (1629 sur une colonne, 1634 sur le chevet, 1700 sur la sacristie). Le plan est en forme de croix latine, avec un chevet à trois pans (« pignon en triangle », selon l’expression de l’inscription de 1634). Ce plan résulte sans doute des travaux de restauration, ou plutôt de reconstruction partielle effectués en 1822 alors que l’édifice tombait en ruine : en effet, le transept actuel devait, à l’origine, s’ouvrir vers l’ouest sur des chapelles aujourd’hui disparues, comme le prouvent les arcs aveugles visibles à l’extérieur dans les murs ouest du bras sud et du bras nord, ainsi que les substructions qui ont été récemment mises au jour près du bras nord. L’axe longitudinal mesure 20 mètres, la longueur du transept étant de 17 mètres. La sacristie rajoutée à l’extrême fin du xviie s. est accolée au mur oriental du bras sud du transept ; elle a été construite en pierre de taille, alors que l’ensemble de la chapelle (à l’exception du chevet et du clocheton) est appareillé en moellons. L’accès à l’édifice se fait par trois portes aménagées dans la façade ouest, le mur sud de la nef et le mur ouest du transept, sans aucun décor sculpté. Une fenêtre éclaire la nef au nord, deux s’ouvrent aux murs nord et sud du transept (les seules munies d’un remplage), deux dans le chœur.

L’intérieur est actuellement (décembre 2009) encombré d’échafaudages qui ne permettent que d’apercevoir une partie du nouveau lambris qui masque la charpente : celle-ci a dû être refaite en grande partie, la plupart de ses éléments anciens étant fortement dégradés.

On ne peut observer qu’une partie d’un mobilier en fort mauvais état. Au-dessus du maître-autel en forme de tombeau galbé, le lambris est orné de deux bas-reliefs en bois polychrome représentant la Résurrection du Christ et l’Assomption. Sur les autels latéraux figurent des bas-reliefs de sibylles : au nord, la Phrygienne et la Delphique, au sud, la Persique et l’Hellespontique. En temps ordinaire, la chapelle abrite les statues en bois polychrome de trois Vierges à l’Enfant (xvie-xviie s.), d’un saint Joseph et d’une sainte Barbe, ainsi que celles de trois saints personnages non identifiés. L’ensemble devra faire l’objet d’importantes restaurations.

Des éléments sculptés en pierre sont toujours en place à l’extérieur : à l’angle du bras sud du transept et de la nef, un Christ aux liens ; au-dessus de la porte occidentale, un moine franciscain tenant un calice (certains l’identifient à saint Pascal Baylon, 1540-1592, béatifié en 1618) ; dans la maçonnerie du mur ouest du bras sud du transept est insérée une petite Mise au tombeau à six personnages, de facture rustique.

En contrebas de la chapelle, la fontaine, surmontée d’un calvaire, fait partie intégrante du sanctuaire marial. La fontaine monumentale abrite sous sa voûte une statue en pierre de la Vierge à l’Enfant. Le calvaire qui la surmonte, en pierre de Kersanton, est dû au sculpteur Roland Doré († 1663), dont l’atelier, établi à Landerneau, a laissé plus de deux cents œuvres en Basse-Bretagne : le monument de Coat-Nant se distingue par son originalité, le fût central étant flanqué de deux bras courbes portant des statues par groupe de deux (la Vierge et saint Yves, Pierre et Jean) – à l’imitation de certaines grandes croix de procession, tandis qu’un croisillon sert de support aux deux larrons. On notera que cette fontaine-calvaire a été érigée l’année même où le jésuite Julien Maunoir donnait une mission à Irvillac.

Les travaux considérables entrepris par la municipalité pour sauver la chapelle (charpente, toiture, lambris, vitraux) bénéficient de subventions auxquelles s’ajoute un don de la Sauvegarde de l’Art français s’élèvant à 20 000 € en 2008.

 

Tanguy Daniel

Le projet en images