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Chapelle des Pénitents Blancs. Ce qui frappe d’abord devant cet édifice, c’est son adaptation au site : il occupe une parcelle étroite perpendiculaire à la pente de la colline, soutenu côté nord par un haut mur qui rattrape le dénivelé. La façade ouvre sur un lacet de l’artère principale[1] qui traversait le village primitif et montait vers le château et la collégiale Notre-Dame d’Alidon. Pour cette raison la chapelle n’est pas orientée. Autre spécificité : les deux baies éclairant la nef sont percées au nord, côté habituellement aveugle dans le Midi car exposé au mistral ; il est probable qu’au sud des confronts empêchaient toute ouverture [2].

Nombreuses en Provence, les chapelles de Pénitents offrent pour la plupart un plan très simple et des maçonneries rustiques : elles sont donc difficiles à dater. Celle d’Oppède ne fait pas exception pour ces deux premiers critères : en forme de rectangle très allongé, sans saillie ni décrochement, elle ne présente extérieurement (hormis sa porte et son clocheton) aucun caractère architectural. Mais elle se distingue grâce à quelques éléments de datation avérés, issus de documents recueillis dans les fonds d’archives locaux par les membres de la famille propriétaire.

La formation de la confrérie des Pénitents Blancs d’Oppède, sous le titre des Cinq plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ, est rendue possible en 1609-1610 par le double don d’un terrain, par le baron de Maynier, seigneur du lieu [3], et des revenus d’un bois, partagés auparavant entre celui-ci et la commune et cédés à la confrérie. En avril 1612, les confrères passent prix-fait pour transformer en chapelle l’arrière de leur maison. La chapelle actuelle est construite à une date indéterminée, que le petit retable peint en trompe-l’œil au fond du chœur incite à situer au plus tard vers 1660-1680. Après la réfection de sa façade et de son portail, commandée en 1717, la chapelle ne subit plus de modification. Son usage est transféré en 1793-94 à la Société républicaine du village. Vendue aux enchères en septembre 1803, elle est rétrocédée à la confrérie en mars 1805. La contribution du mouvement confraternel à la rechristianisation post-révolutionnaire se vérifie à Oppède comme dans toute la Provence : sont conservés le registre des élections des officiers de la confrérie de 1826 à 1846, et quelques dépenses d’embellissement de la chapelle. La confrérie semble cesser ses activités au milieu du XIXe siècle ; peu après, une famille dont les ancêtres étaient inhumés dans la chapelle, en devint propriétaire.

À l’exception d’un relief orné de deux Pénitents cantonnant la croix, abandonné car il aurait masqué l’oculus, la façade correspond bien aux dispositions du prix-fait de 1717 : portail aux pilastres très simples et frise nue, corniche horizontale en pierres taillées prises dans la carrière voisine, clocheton antérieur remonté au sommet. Le document montre un réel souci d’inscrire dignement cette façade dans le paysage urbain : son enduit était coloré[4], et ses angles rehaussés d’un faux-appareil blanc.

Un même soin s’observe à l’intérieur de l’édifice, dans les dispositions de la travée d’entrée et dans le décor de gypserie. Le mur de façade n’est pas parallèle à celui du fond du chœur : pour mieux s’ancrer sur le rocher et pour occuper en totalité la surface de la parcelle, tout en orientant le frontispice vers les perspectives de la rue, sa ligne biaise avance sur la droite. L’espace triangulaire ainsi créé a permis l’installation d’un escalier en bois et plâtre qui monte à la tribune, tandis que l’arrondi de la cloison qui le limite est répété symétriquement, de l’autre côté de l’entrée, formant ainsi, sous la tribune, une demi-rotonde. Doit-on cet agencement original au maçon, au gypsier, ou à un véritable architecte ? À l’autre extrémité du bâtiment, le passage de la nef au chœur n’est marqué que par une marche et un arc doubleau.

Un enduit au plâtre recouvre la totalité des parois et du plafond ; il souligne d’une mouluration fine les principales articulations de l’architecture, dessinant même, dans un désir de symétrie, le contour des fenêtres absentes côté sud. En plus fort relief, les gypseries des doubleaux, des angles du panneautage du plafond et du centre de la nef présentent des motifs essentiellement végétaux, tandis qu’au-dessus de l’autel plane une colombe entourée de rayons. L’ensemble de ce décor, de belle venue, est homogène, y compris dans le traitement de la tribune. Cet élément quasi obligatoire des chapelles de Pénitents de Basse-Provence et des Alpes n’est pas un ajout plus tardif [5] : les coffres contenant les livres de la confrérie y sont rangés et c’est là que les confrères se tiennent pour délibérer et voter. La chapelle présente une grande cohérence, dans son plan comme dans son élévation intérieure. La réfection de 1717 ne concerne que l’encadrement du portail, la reprise en est bien visible dans l’épaisseur de ses piédroits.

Cette unité a été rompue par la mise en couleur du chœur, à une date difficile à préciser tant ces peintures sont naïves.

Pour mettre hors d’eau la chapelle et garantir la conservation des gypseries, la charpente et la couverture en tuiles canal devaient être refaites en partie, du côté nord de la nef. Pour contribuer à ce sauvetage, la Sauvegarde de l’Art français a accordé aux propriétaires un don de 13 000 € en 2012.

Marie-Claude Léonelli

 

Bibliographie :

Arch. dép. Vaucluse, série E : notaire Cathelany, prix-fait du 29 novembre 1717.

Archives familiales.

P. Heckenroth, Oppède en Comtat Venaissin, Oppède, 1992.

[1] Cette rue, dont le tracé remonte certainement à l’époque médiévale, a conservé sa belle calade.

[2] Des pans de murs sont visibles sur des clichés pris vers 1960.

[3] Quelques dizaines d’années plus tard, Maynier d’Oppède, puissant président du Parlement de Provence, fera agrandir et orner un hôtel particulier acquis à Aix.

4 Le brésil est bien mentionné mais sa couleur n’est pas précisée.

[5] Seule la balustrade en bois tourné a été changée en 1835.

Le projet en images