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La chapelle de Locmaria-Lann (Loc = lieu consacré + Lann = ermitage, prieuré), située à quatre kilomètres au nord de Plabennec, fut église tréviale[1] jusqu’en 1696, dépendant de l’évêché de Saint-Pol-de-Léon. Le lieu, situé en pleine campagne, est mentionné pour la première fois en 1363, mais fut occupé dès l’Antiquité (on a retrouvé en 1993, devant le pignon ouest et près du bas-côté méridional, des substructions et des fragments de tuiles d’époque gallo-romaine). Il est probable que Locmaria, sanctuaire marial, a été un lieu de pèlerinage à la fin du Moyen Age, et il est certain qu’une chapelle a précédé l’édifice actuel ; l’afflux de dons des pèlerins et les fondations de nobles voisins ont permis d’élever une chapelle plus importante, dans le premier quart du XVIe s. : la verrière du chevet (aujourd’hui disparue) portait la date de 1508 ; le maître-autel porte, lui, la date de 1512. Le calvaire tout proche, dans l’enclos, a été érigé en 1527 (inscription). C’est plus tard, en 1580, qu’a été construit le clocher-porche dont la monumentalité manifeste la richesse éclatante de la trève à l’époque de la Renaissance.

En 1682, le retable en bois qui surmonte le maître-autel est la preuve d’une prospérité durable qui se maintient jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. C’est à ce moment que les relations se détériorent entre la trève et la paroisse. Les conflits entre le recteur de Plabennec et les tréviens de Locmaria se multiplient, et, peu à peu, Locmaria devient une simple chapelle sans grand-messe, sans bénédictions, sans processions, sans inhumations. L’entretien de l’édifice n’est plus assuré. Lors de la Révolution, la chapelle est vendue comme bien national, rachetée par un noble local en 1828, mais l’édifice est alors en piteux état. Des travaux de restauration sont entrepris en 1841, permettant de relever la chapelle de ses ruines, restauration qui, encore aujourd’hui, laisse voir à l’extérieur une maçonnerie en moellons de facture assez médiocre.

Telle qu’elle se présente de nos jours, la chapelle est dans un enclos où l’on pénètre par une porte charretière et deux échaliers flanqués de supports triangulaires sur lesquels ont été fixées les statues de saint Éloi et de saint Fiacre. Entre cette entrée et la chapelle se dresse le monumental calvaire en kersanton de 1527. Outre les deux croisillons qui portent neuf statues, les blasons des Carman (ou Kermavan), seigneurs locaux, et des Rohan, seigneurs de Léon, sont placés de façon bien visible.

Le plan de l’édifice est rectangulaire et comporte une nef avec deux bas-côtés à cinq travées au nord et quatre au sud, la tour-clocher (1580) étant établie à l’angle sud-ouest. L’ensemble date du XVIe s. ; seuls les murs extérieurs ont été refaits au XIXe siècle. La masse de la tour-clocher écrase quelque peu la chapelle, mais cette disposition n’est pas exceptionnelle : elle se retrouve à la même époque à Goulven, à Saint-Thégonnec, à Pleyben. Les récents travaux de consolidation et de restauration ont permis de redonner tout son éclat à l’architecture de la tour-clocher (en particulier en complétant la balustrade de la galerie, qui était à moitié détruite), au pied de laquelle s’ouvre l’ancienne entrée principale avec ses douze niches qui, semble-t-il, ont abrité jadis les statues des sibylles –et non des apôtres – aujourd’hui présentées à l’intérieur de l’édifice.

L’intérieur recèle un mobilier dont certains éléments ne manquent pas de retenir l’attention ; le maître-autel d’abord, qui comprend deux éléments bien distincts : l’autel (1512), sculpté dans la pierre de kersanton, relève du style gothique flamboyant, tandis que le retable en bois qui le surmonte est une œuvre de la fin du XVIIe s. : 1682 pour la sculpture, 1685 pour la polychromie. La statuaire n’est pas moins surprenante : si les personnages de la Vierge debout sur un croissant de lune et foulant aux pieds le serpent (XVIIe s.), de saint Joseph (XIXe s. ?) et de sainte Anne (XVIe s. ?) sont des représentations traditionnelles, celles de douze femmes dont les statues en chêne foncé (XVIs.) ornent les murs de la chapelle le sont beaucoup moins, sans être exceptionnelles dans les églises et chapelles du Finistère ; l’une d’elles est facilement reconnaissable : sainte Véronique portant le voile de la Sainte Face, les autres étant des Sibylles, chacune portant un symbole permettant de les identifier.

Tanguy Daniel

 

Bibliographie :

H. Pérennès, « Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon. Plabennec », Bulletin diocésain d’histoire et d’archéologie, 1938, p. 175-179, 193-199.

L. Le Guennec, Le Finistère monumental, t. II, Brest et sa région, Quimper, 1981, p. 324, 327-330.

R. Couffon et A. Le Bars, Diocèse de Quimper et Léon. Nouveau répertoire des églises et chapelles, Quimper, 1988, p. 232-233.

Y.-P. Castel et J. Lubin, « Chapelle de Locmaria-Lan », dans Locmaria. Plabennec, histoire d’une chapelle, Plabennec, Mignoned Locmaria, 2012, p. 40-87.

[1] Une « trève » en Bretagne était une subdivision de la paroisse-mère (ici Plabennec), dirigée par un vicaire (kuré en breton), avec un territoire, des fonts baptismaux, un cimetière et des registres.

Le projet en images

Plan au sol de P. Candio, architecte du patrimoine