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La chapelle Notre-Dame de Laval, ou de Baffie, s’élève dans une solitude, sur un coteau qui descend rapidement vers l’Aix. Le bourg de Saint-Germain et ses églises sont plus à l’est, sur une éminence. C’était une chapellenie, dépendant de Pommiers, prieuré de l’abbaye de Nantua.

On connaît la chapelle sous deux noms. Le plus répandu, celui des actes, est Notre-Dame de Laval, de Valle.L’autre nom est Baffie, du village proche de la chapelle. Mais c’est aussi une puissante famille installée aux XI et XIIes. dans le Livradois : à Saint-Germain même, elle possédait tout un quartier du bourg.

La chapelle n’est rien sans la statue de la Vierge. J.-M. de La Mure dans son Histoire des comtes de Forez, fait paraître le roi Louis qui, revenant de Terre Sainte, serait en 1255 passé par le Puy et, de là, par le Forez. Il cite une charte que le roi fit expédier et dater d’un lieu du Forez appelé Asnières. « On croit que ce saint roi laissa au pays de Forez plusieurs images de Notre-Dame faites et taillées en un bois de couleur noire », et surtout celle de Laval. Mais le voyage de saint Louis est de 1254, ses étapes de retour sont Brioude et Clermont ; la charte d’Asnières existe bien, mais c’est d’Asnières près Paris qu’il s’agit.

Une autre hypothèse serait le testament du comte Renaud en 1270. Il commente « un légat (legs) afin qu’on tienne allumée continuellement la lampe » devant Notre-Dame de Laval, « cette dévote vallée où dans une très ancienne chapelle (…) de laquelle l’Antiquité a été poussée si haut par ceux qui en ont écrit. » Il cite l’original : ut lampas Beatae Mariae de valle illuminetur sicut consuetum est ab antiquo , et insiste : « Je laisse à penser à quiconque voudra peser la force de cette parole en un si vieux titre, sicut consuetum est ab antiquo.

Sans doute le roi croisé apportait-il sa sainteté, mais La Mure fixait une date que l’on devinait trop récente. Á l’évidence, la Vierge de Laval rayonna bien avant 1254. Discrètement, l’historien a fait son choix. Il mentionne le don de saint Louis. Il retient la tradition immémoriale.

Quant à la Vierge, sa statue a été volée mais elle a été refaite à l’identique en conservant son type : Vierge debout, d’une taille d’environ 70 cm, portant l’Enfant sur le bras gauche, drapée, les parties visibles étant foncées. Sur des clichés de la fin du XIXes., on distingue les sculptures du corps et une date, 1541, peinte sur le socle, encore visible vers 1890, qui est restée sans interprétation mais permettrait peut-être de dater le corps de la statue, le visage de la Vierge pouvant être antérieur.

Cette pièce ne bougea pas de Laval jusqu’en 1792. Mise à l’abri, puis portée dans l’église paroissiale, elle y demeura jusqu’à la donation faite à La Diana en 1895 permettant à la statue de retrouver son cadre originel.

La chapelle a été reconstruite au XIVesiècle. Pour assurer l’indépendance de son financement, on crée un opus ecclesie B. M. de Valle, distinct du prieuré de Pommiers. Le premier legs à cette intention qui nous soit parvenu est daté de décembre 1286, ce qui ne veut pas dire que la reconstruction ait déjà débuté. Les choses s’accélèrent au début du XIVes., operi ecclesie, bastimento ecclesie, en 1309, 1316, 1328. Ces épaves nous précisent au moins la période où fut entrepris le chantier.

Ce dernier commença par le chœur, le sanctuaire de la Vierge. Il est carré, haut de 13 mètres, couvert par une voûte sur croisée d’ogives. Sa toiture est en pavillon et deux contreforts d’angle l’épaulent. Il est éclairé par une baie haute de 8,50 m et large de 1,40 m, animée par un mince meneau, surmontée d’une rosace. Les lancettes des murs latéraux sont à peine moins hautes. Massif et aérien, l’effet est saisissant. Sur le mur sud une porte élégante encadrée de deux colonnettes de calcaire et surmontée d’un arc ogival, constituait l’accès du clergé.

Après une longue interruption du chantier, une première campagne s’attacha à « élever une vaste salle rectangulaire que l’on couvrit d’un berceau brisé en charpente ». Puis on reprit l’ancien projet : voûter la nef sur deux croisées d’ogives. Cette réalisation exigea quelques aménagements comme la réduction des hauteurs et le raccourcissement des travées, etc. Quant à la façade ouest, elle vint équilibrer l’élévation du chevet. Ces travaux peuvent être datés par une clé de voûte aux armoiries de Catherine de Polignac, entre son mariage avec Pierre II d’Urfé en 1487 et sa mort en 1493. L’achèvement d’un chantier débuté vers 1286 est à situer entre les deux dates.

En 1624, un couvent de Récollets est fondé à Saint-Germain-Laval, au bourg. Il semble que des arrangements aient été conclus avec les religieux de Pommiers, aux termes desquels les Récollets prenaient en charge les dévotions centrées sur le sanctuaire de Laval.

Ils le firent avec cœur, puisqu’en 1691 la décoration intérieure fut totalement renouvelée. Les murs et les voûtes furent uniformément blanchis, rehaussant heureusement arcades et embrasures, par des enroulements chargés de fleurs et de fruits, de filets rouges, de guirlandes de feuilles de laurier, rouges aussi, d’énormes bouquets multicolores. Ce décor disparut en 1895.

La Révolution entraîna de profonds bouleversements. L’acquéreur de la chapelle, M. Pochin, s’engagea de la rendre au culte, le moment venu. En effet, il ne chercha pas d’autre utilisation. Les bâtiments « menaçaient ruines », mais restèrent debout et vacants. En 1893, ses propriétaires, descendants de l’acquéreur, offrirent la chapelle à La Diana. Celle-ci accepta cette lourde responsabilité et procéda aux mesures de sauvegarde urgentes. Mais au souci de conserver un monument du passé, s’ajouta le désir de réunir Notre-Dame à sa chapelle. Cet évènement eut lieu le dimanche 6 octobre 1895. Peu après, les trois baies du chœur reçurent un beau programme de vitraux (1902-1903) peints par Étienne Couvert.

Depuis plus d’un siècle La Diana assume une gestion patrimoniale. Pour la reprise des toitures La Sauvegarde de l’Art français a accordé 9 000 € en 2007.

 

Philippe Moret

 

Bibliographie :

Recueil (…) sur le Forez publiés par la Société de la Diana, t. 39, Notre-Dame de Laval à Baffie(textes de Vincent Durand, Olivier de Sugny, Jérôme Sagnard, et les photographies circa1895)

  1. Fournial. Les villes (…) en Forez aux XIIIe et XIVe siècles. Paris, 1967, p. 26 sq et 72 sq.

J.-M. de La Mure, Histoire universelle (…) du Pays de Forez, 1674, Lyon, p. 196-197. Idem. Histoire des ducs de Bourbon et comtes de Forez, Paris, 1860, I, p. 252 et 272 ; III, p. 63.

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