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C’était en 1925.
Le duc de Trévise traversait l’Atlantique, à la conquête des francophiles qui, amoureux des arts et des vieilles pierres, seraient susceptibles de rejoindre l’aventure de la toute jeune association pour la Sauvegarde de l’Art Français, afin de sauver les édifices en péril et en permettre le maintien in situ, dans un pays pourtant si lointain mais si aimé.
 
Le 8 novembre dernier, presque cent ans plus tard, La Sauvegarde de l’Art Français s’est vue offrir le privilège d’être accueillie à la Villa Albertine de New-York par Gaëtan Bruel, directeur de la Villa, conseiller culturel de l’ambassade de France aux Etats-Unis, pour écouter une table ronde consacrée à l’amitié franco-américaine, intitulée « La Sauvegarde de l’Art Français 1921-2021 : un siècle de défense du patrimoine culturel français. »  Bénédicte de Montlaur, CEO du Worl Monument Fund, animait la conférence à laquelle participaient Guillaume Kientz, conservateur à la Hispanic Society, et Chloé Demonet, archiviste et historienne.
Un moment d’échange réunissant plus de cinquante invités, acteurs et amis de la Fondation autour de la thématique de la philanthropie américaine et de la préservation de notre patrimoine culturel. 

Un lien historique de la Sauvegarde avec les États-Unis

Exposition itinérante du duc de Trévise à New York chez Mme Alexander en décembre 1925
© Fonds d’archives de la Sauvegarde de l’Art Français

En 1924, John D. Rockefeller Jr propose son aide pour la restauration des châteaux de Versailles et de Fontainebleau, de la cathédrale de Reims et des Invalides, inaugurant pour la première fois dans le monde un mécénat international en faveur des œuvres d’art menacées. Parallèlement, le duc de Trévise fonde la Sauvegarde de l’Art Français pour venir au secours du patrimoine français et dénonce son dépècement et sa vente à l’étranger. Faisant œuvre de protection et de communication auprès des Américains, le duc de Trévise part aux États-Unis en 1925 pour lever des fonds en faveur d’églises, châteaux et objets d’art. Les fonds récoltés lors de cette “croisade aux États-Unis” permettront de lancer l’action de la Sauvegarde de l’Art Français, qui poursuit 100 ans après son combat.

1926 : un bulletin spécial de la Sauvegarde édité en anglais et en français témoigne du voyage du duc de Trévise. © Fonds d'archives de la Sauvegarde de l'Art Français

" Returning to France […] I was impressed anew with the beauty of her art, the magnificence of her architecture, and the splendor of her parks and gardens. Many examples of these are not only national but international treasures, for which France is trustee; their influence on the art of the world will always be full of inspiration”

John D. Rockefeller Jr, letter to Raymond Poincaré
May, 3, 1924.

Faire vivre l’amitié franco-américaine au service de tous les patrimoines

Réunis dans la Marble Room de la Villa Albertine, Bénédicte de Montlaur, présidente du WMF, Olivier de Rohan, président de la Sauvegarde, Chloé Demonet, auteure du livre Sauvegarder l’Art Français : 100 ans d’actions et de combats au service du patrimoine et Guillaume Kientz, conservateur à la Hispanic Society de New York et membre du comité du Plus Grand Musée de France à la Sauvegarde, ont pris la parole pour discuter du lien particulier de la philanthropie américaine avec le patrimoine français. Ils ont été accueillis par Gaëtan Bruel, directeur de la Villa Albertine, qui a introduit la table ronde.

Chloé Demonet, Olivier de Rohan Chabot, Bénédicte de Montlaur et Guillaume Kientz.

L’exemple du mécénat à Versailles a été évoqué en introduction par Olivier de Rohan en tant que président d’honneur des Amis. La mobilisation pour le grand patrimoine français ne tarit pas depuis des décennies, mais les associations du patrimoine gagneraient à présenter les merveilles moins connues aux américains désireux d’aider à la protection du patrimoine français. Il a ainsi présenté l’action de la Sauvegarde pour ce patrimoine moins visible mais de grande valeur.

Bénédicte de Montlaur souligne la différence de compréhension de la notion même de patrimoine sur les deux rives de l’Atlantique et invite Guillaume Kientz à partager son ressenti en tant que conservateur d’un musée français et d’un musée américain.

Après cet éclairage sur les liens franco-américains autour du patrimoine et les différences de perceptions, Chloé Demonet, à titre d’exemples, présente quelques moments et projets importants pour la Sauvegarde et ses comités américains dans les années 1920-1930.

Ci-dessus : la Maison Philandrier, importante dans l’histoire de l’architecture française, sauvée grâce à l’engagement de William Bosworth, architecte de Rockefeller pour Versailles, membre du conseil d’administration de la Sauvegarde de l’Art Français et grâce au généreux mécénat Mme W. Cotchett.

Les premières actions menées par les comités américains de la Sauvegarde dans les années 20 sont mises à l’honneur : l’engagement de l’architecte Bosworth à Bléré (Indre-et-Loire) pour sauver une demeure médiévale, le sauvetage de la Maison Philandrier à Chatillon-sur-Seine (Côte d’Or) par Mme Cotchett qui la restaura en 1928, l’ambassadeur Sherill et son épouse qui se lancent dans le chantier de l’église gothique de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne) grâce à la force de conviction du duc de Trévise.

L'église Saint-Etienne de Brie-Comte-Robert (77) © Romain Bassenne

La table ronde a ainsi permis de mettre en lumière les actions passées et contemporaines de la Fondation pour le patrimoine bâti et mobilier et de recréer un lien avec le public américain engagé pour sa défense. La Sauvegarde a bénéficié, grâce à la Villa Albertine, d’une très belle scène et remercie chaleureusement le World Monument Fund et Bénédicte de Montlaur et Guillaume Kientz pour leur participation. De nouveaux amis américains rejoignent déjà et vont rejoindre bientôt la Sauvegarde de l’Art Français.

« L’incroyable soutien des organisations philanthropiques et des personnalités américaines pour la préservation du patrimoine culturel est quelque chose dont j’ai le privilège d’être témoin au quotidien. La France doit beaucoup à l’Amérique à cet égard. Mais plus que cela, il est inspirant de voir une telle passion pour la sauvegarde de l’héritage de l’humanité et des lieux qui nous définissent en tant que personnes. »

Bénédicte de Montlaur, CEO et directrice du World Monument Fund

La Sauvegarde remercie la Villa Albertine, son directeur Gaëtan Bruel et ses équipes, pour leur accueil