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1er août 2018 EN L’ÉGLISE NOTRE-DAME DE VERSAILLES Eric pallot, architecte en chef des monuments historiques, élève et ami de pierre-andré lablaude, évoque son souvenir.

A Pierre-André,

Né à Versailles le 15 juillet 1947, d’une famille d’architectes et d’un père Prix de Rome et Architecte en chef des monuments historiques, Pierre-André Lablaude venait d’avoir 71 ans. Il avait fait ses études d’architecte à l’école nationale des Beaux-Arts de Paris où il fut diplômé en 1972.

Exerçant alors à titre libéral, il sera en 1977 diplômé de l’école de Chaillot puis nommé architecte en chef des Monuments Historiques à l’issue du concours de 1979 avec ses condisciples Colas, Flavigny, Lagneau, Lavedan , Mouton, Musso, Oudin et Poncelet.

Il sera alors en charge de 1980 à 2012 de la surveillance, de l’entretien et de la restauration des monuments historiques classés des départements du Val de Marne (1980-83), des Hauts-de-Seine, ( 1980-85) de l’Essonne (1980-91), du Val-d’Oise (1980 à 2012), avec des restaurations majeures comme l’abbaye de Royaumont, les châteaux de Villarceaux ou de La Roche Guyon département auquel il était particulièrement attaché puisqu’il y travaillait encore le matin de sa disparition.

De 1981 à 2002, il œuvrera au Mont St Michel, sur l’abbaye et ses jardins, où ses interventions sur la flèche de l’église, l’archange, la salle de la Belle Chaise, les remparts mais aussi sur le tissu urbain basées sur une étude fine des sources et une parfaite connaissance des modes constructifs, auront profondément marqué et transformé le visage du Mont.

Il s’occupera quelques temps du Louvre puis, de 1990 à 2016, se passionnera pour les jardins et bâtiments associés des châteaux de Versailles et de Trianon. Il contribuera alors avec talent sensibilité et redécouverte des savoir-faire, comme les treillages refendus et ligaturés, les bois étuvés sur place et chaulés, à la renaissance de ce parc, de ses bosquets, de ses plantations comme le bosquet d’Encelade, le hameau de Marie Antoinette, le bassin de Latone, le petit Trianon et tant d’autres, faisant parler les sources, les archives, les gravures et peintures de manière aussi diserte que Saint-Simon dans les même bosquets faisait parler les courtisans et courtisanes.

De 1996 à 2016, il sera en charge de la cathédrale et du palais archiépiscopal de Rouen puis du domaine de Saint Cloud, du Musée de la Céramique et de la manufacture de Sèvres. Enfin il sera appelé par le Conseil départemental des Hauts-de-Seine pour restituer le parterre du château de Sceaux.

Nommé inspecteur général des Monuments Historiques en 1991 pour les régions des pays de Loire, du Limousin puis Centre, il se dévouera à cette nouvelle activité où ses talents de conseil et de pédagogue s’exerceront, souvent sans concession.

Par-delà ces activités variées et riches de très nombreuses réalisations, Pierre André se verra confier dès 1972 dans le cadre de l’Unesco, des missions d’expertise et un rôle permanent de conseil à l’étranger, sur l’île de Gorée, les temples d’Angkor, à Bethleem, l’île du Mozambique, le Chili, le Japon le Liban, l’Egypte, la Syrie et tout récemment encore pour les sites de Palmyre et du Crac des Chevaliers. Il était depuis 2012 président du Conseil scientifique de l’école française d’extrême orient et fut pendant 27 années membre-expert du Comité international de coordination pour la sauvegarde et le développement du site historique d’Angkor, dans lequel il trouvait à exercer à la fois ses compétences techniques et ses talents de médiateur, amené à composer entre des approches internationales diverses et parfois contradictoires.

Il sera aussi enseignant, à Chaillot bien sûr, à Lisbonne, Madrid, à la Sapienza de Rome, à Siem Reap au Cambodge, apportant aux étudiants sa grande expérience des chantiers et sa réflexion méthodologique et déontologique, prônant sans relâche que la culture et la connaissance sont source d’inspiration mais aussi souvent garde-fou contre tout excès.

Auteur de nombreuses publications, articles et livres, en France et à l’étranger, il a participé à de très nombreux colloques sur les thèmes de la restauration des immeubles et jardins historiques au cours desquels il a pu développer sa vision patrimoniale et le rôle des architectes en chef. Membre pendant plus de 20 ans de la Commission supérieure (devenue nationale) des monuments historiques et du Conseil national des parcs et jardins, il ne résistera jamais, dans toutes les instances solennelles dans lesquelles il siègera, à la tentation du paradoxe pour secouer les idées reçues et renouveler le regard sur le monument.

Voici donc résumée trop rapidement une vie d’architecte vouée au patrimoine qui lui donnera l’occasion d’épouser une inspectrice des monuments historiques et lui vaudra des reconnaissances multiples, chevalier de la légion d’honneur, du mérite, du mérite agricole, le poireau auquel il tenait beaucoup, commandeur des arts et lettres, grand-croix de l’ordre de Mouni Seraphon.

Mais au-delà, je voudrai saluer l’architecte qu’il fût, passionné, cultivé, théorisant, réfléchi, travailleur infatigable, talentueux, souvent intransigeant, précis jusqu’à l’extrême, soucieux de livrer des restaurations de grande qualité, esthétiquement indécelables, compréhensibles de tous, afin de favoriser avec humour, chez le visiteur comme chez le connaisseur, l’émotion plus que l’analyse critique.

Je voudrais saluer sa propension à débattre, argumenter souvent à contre-courant, à se remettre en question, à se frotter à des problématiques nouvelles comme ce fut le cas quand il aborda la restauration des jardins de Versailles ou quand, revers de l’histoire, j’eus moi-même à l’inspecter sur des projets en Val d’Oise.

Je voudrais saluer l’enseignant attentif, pédagogue soucieux de transmettre son savoir-faire et son expérience, l’homme de contact et d’ouverture.

Je voudrais saluer l’employeur attentif, confiant, toujours très investi dans les études et projets annotant sans relâche ceux-ci jusqu’à une impossible perfection et qui m’accueillit en 1986 et m’a guidé amicalement vers sa profession.

Je voudrais saluer l’homme, sa gentillesse, sa discrétion, sa fidélité en amitié qui le fit notamment régler la délicate succession de Jean Michel Musso à la mort de celui-ci.

Je voudrais saluer enfin le mari aimant, le père attentif et témoigner simplement de l’immense douleur qui est la nôtre face à sa disparition, du vide qu’il laissera dans nos cœurs et dans notre vie professionnelle d’architecte souvent galvaudée.

Pierre-André, ta culture, ta réflexion, le rayonnement que tu exerçais en France et à l’étranger, tes remarques souvent critiques et intransigeantes, me manqueront et nous manqueront à tous.

Ma chère Colette, toi qui fut sa compagne pendant trente et un ans et dont nous connaissons tous les engagements personnel et professionnel, mon cher Louis, je ne voudrais pas terminer sans vous dire, encore une fois, que Pierre-André, nous en sommes tous convaincus, fut un très grand architecte en chef, et qu’il laissera pour la postérité une œuvre que nous nous attacherons à faire mieux connaître.

Nous voulons vous assurer tous deux de notre soutien total et à titre personnel je tiens à vous redire, avec mon épouse Isabelle, notre amitié la plus profonde dans cette épreuve si brutale qui vous prive d’un mari et d’un père.

Eric Pallot