Les peintures murales de Bouguereau retrouvées
Le 26 janvier, l’église Saint‑Vincent‑de‑Paul a inauguré la restauration de deux nouvelles œuvres de william Bouguereau : Le Christ rencontre sa mère sur le chemin du Calvaire et La Vierge, saint Jean et Madeleine au pied de la Croix. Cette opération a été rendue possible grâce à un partenariat entre la sauvegarde, la ville de paris et la COARC.
Longtemps encrassés, ces panneaux à l’huile sur toile marouflée, réalisés à la fin du XIXᵉ siècle, avaient perdu de leur éclat. Ils appartiennent à un cycle de huit scènes de la vie de la Vierge, peint par Bouguereau pour la chapelle dédiée, érigée en 1869 au sein de l’église Saint‑Vincent‑de‑Paul (1844).
Après L’Adoration des mages et La Fuite en Égypte, Le Christ rencontre sa mère sur le chemin du Calvaire et La Vierge, saint Jean et Madeleine au pied de la Croix constituent la troisième étape d’un programme de restauration soutenu par La Sauvegarde de l’Art Français et la Ville de Paris.
« La chapelle de la Vierge était restée longtemps sans décoration. La paroisse a donc fait appel à William Bouguereau, l’un des principaux peintres académiques de l’époque. Extrêmement connu et sollicité, il exposait chaque année au Salon, où critiques et public se pressaient pour commenter les œuvres. Bouguereau présentait toujours un tableau mythologique et un tableau religieux. Il était très catholique, et réaliser des peintures religieuses, en particulier des peintures murales, était alors très prestigieux. La paroisse l’a donc sollicité pour cette commande, qui lui tenait particulièrement à cœur. »
Louise Delbarre, conservatrice du patrimoine (COARC)
Réussir ensemble
L’initiative est née d’un projet porté par quatre étudiantes de la Sorbonne dans le cadre de la campagne « Le Plus Grand Musée de France ». Grâce à leur levée de fonds, complétée par un mécénat américain, les deux premières toiles, La Visitation et L’Adoration des Bergers, ont pu être restaurées. Depuis 2023, six œuvres ont été sauvées au total, et une souscription est en cours pour les deux dernières.
La Sauvegarde et la Ville se sont associées à la COARC (Conservation des Œuvres d’Art Religieuses et Civiles). Le mécénat privé, le soutien de la famille Bouguereau et la mobilisation de la paroisse devraient permettre de réunir le budget nécessaire à cet ultime chantier, estimé à environ 70 000 €.
« Le premier mécénat, lié au “Plus Grand Musée de France”, a permis de débloquer une somme pour une seule des peintures. La Sauvegarde a ensuite proposé d’étendre le mécénat, ce qui a permis d’en financer deux. L’initiative a rapidement suscité un véritable engouement. La Ville continue de financer les études préalables et les échafaudages, et un partenariat solide s’est ainsi noué. Nous sommes très heureux de cette collaboration : en trois ans, près des trois quarts des œuvres ont été restaurées. Il reste un dernier côté à traiter, mais la dynamique est bien engagée. Les donateurs, fidèles, ont soutenu le projet tout au long du processus. Associée à la Fondation, la Ville a ainsi pu accélérer le programme de restauration. »
Paul Percetti, responsable du mécénat et des partenariats (Ville de Paris)
Détail du Christ rencontre sa mère sur le chemin du Calvaire, William Bouguereau, 1884–1888Huile sur toile marouflée, 354 × 199 cm, église Saint-Vincent-de-Paul (75)
© Ville de Paris/COARC/Jean-Marc Moser
Un sauvetage spectaculaire
Le travail de restauration mené par l’équipe d’Alina Moskalik-Detalle, spécialiste de la peinture murale, a mis en évidence la richesse chromatique des panneaux, aujourd’hui redécouverts par le public.
« Les restaurations anciennes, réalisées en 1911 et 1954, concernaient l’ensemble des panneaux. Elles ont été effectuées avec des matériaux proches de la technique originale, la peinture à l’huile, mais pas par des restaurateurs professionnels. Ces interventions ont abîmé certaines parties des décors […].
L’important, c’est cette dernière restauration, car il ne nous reste plus que deux Bouguereau. Ces scènes marquent le début de l’histoire, et ce qui est amusant, c’est que l’on terminera par elles pour compléter l’ensemble. Une fois la restauration achevée, la chapelle retrouvera son unité. Il faut inviter les gens à venir voir ces peintures pour constater la différence avec celles qu’il reste à traiter. »
Alina Moskalik-Detalle, conservatrice-restauratrice
Alina Moskalik-Detalle restaure L’Adoration des bergers © Ville de Paris/COARC/Jean-Marc Moser
L’inauguration a rassemblé les membres de la Fondation, l’équipe paroissiale, des représentants de la Ville de Paris et des mécènes. Grâce à leur mobilisation, les visiteurs peuvent désormais admirer les peintures de Bouguereau dans toute leur splendeur, au cœur d’une église emblématique du 10ᵉ arrondissement.
Cérémonie d’inauguration à l’église Saint-Vincent-de-Paul« Ce projet dure depuis trois ans et permet chaque année de restaurer deux des toiles de ce cycle magnifique qui illustre la vie de la Vierge. Il rassemble la Ville de Paris, l’association de paroissiens, des mécènes fidèles, la mairie du 10ᵉ et La Sauvegarde. Que des acteurs engagés et passionnés pour une restauration remarquable ! »
pôle MÉCÉNAT & PHILANTHROPIE de la sauvegarde
Un trésor à saint-vincent-de-paul
Les toiles de Bouguereau sortent de l’ombre



