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Depuis 2018, la Sauvegarde de l’Art Français invite les lycéens à participer à sa campagne du Plus Grand Musée de France.

Objectif : faire connaître et aimer aux jeunes le patrimoine qui les entoure, les responsabiliser à son égard, et leur apporter sur le terrain des connaissances en matière d’histoire de l’art et sur les métiers de la conservation du patrimoine,

Moyens  : Une sélection d’œuvres d’art situées autour de leur lycée, accessibles à tous, est présentée aux élèves. Ils vont être invités à les découvrir in situ avec leurs professeurs. Ceux-ci, tout au long de l’année scolaire, leur feront découvrir l’histoire de l’art sur ces exemples et, avec des intervenants spécialisés, les métiers de la conservation des œuvres d’art. En fin d’année scolaire, grâce aux 10 000€ que leur a offert la fondation pour la Sauvegarde de l’Art Français, les lycéens décideront par un vote de l’œuvre qu’ils choisissent de restaurer.

présentation du projet aux lycéens – Mardi 2 février

Dans le grand amphithéâtre du lycée Édouard Branly, le 2 février dernier, une soixantaine d’élèves étaient réunis pour assister au lancement de la campagne Le Plus Grand Musée de France, à laquelle allait participer la classe de seconde histoire de l’art. Sur l’estrade, le proviseur Jean-Bernard Sauvageon accueille les participants, avec autour de lui M. Xavier Luquet, sous-préfet d’Eure-et-Loir, Mme Évelyne Mège directrice académique des services départementaux de l’Éducation nationale, Damien Chantrenne, conservateur du musée et du patrimoine de Dreux, Olivier de Rohan, président de la Sauvegarde, et Pauline de Poncheville, responsable de l’opération pour la Sauvegarde. Tous prennent la parole pour encourager les élèves à faire le meilleur choix et les féliciter de leur engagement.

Découverte de 5 œuvres dans le pays drouais – Mardi 9 févrieR

 

9h : Départ du lycée Édouard Branly de Dreux

C’est le grand jour pour les 26 élèves de seconde option histoire de l’art du lycée Édouard Branly de Dreux ! Accompagnés de leur professeur d’histoire-géographie, M. Joël Dubos, de Mme Fabienne Audebrand, conservatrice des antiquités et objets d’art du département, ils embarquent dans un bus pour se rendre à la découverte des œuvres présélectionnées pour eux dans le pays drouais.

Il fait très froid dehors mais dans le car l’ambiance est bon enfant et tous sont heureux de cette sortie dans les alentours de Dreux qui rompt agréablement le confinement auquel sont réduits les lycéens pour les sorties scolaires en raison de la crise sanitaire.

9h30 Le Sacrifice d’Isaac – Vert-en-Drouais

Premier arrêt de la journée : l’église Saint-Pierre de Vert-en-Drouais, dont la fondation remonte au XIIe siècle. Les lycéens sont accueillis par la présidente de l’association de sauvegarde de l’église qui leur dit que la commune d’un millier d’habitant est très impliquée dans sa restauration et qu’elle est très heureuse de les accueillir.

Fabienne Audebrand décrit l’édifice, son architecture et son mobilier avant de parler la première oeuvre de la journée : une huile sur bois du XVIIe siècle, Le Sacrifice d’Isaac. Le tableau est d’une grande qualité et les élèves prennent des notes avec soin pour relever toutes les spécificités de cette peinture. Elles leur serviront à travailler sur l’œuvre et sa riche iconographie en classe.

Le Sacrifice d'Isaac - huile sur bois, XVIIe siècle, anonyme.

10h30 Statue de sainte Barbe – Louvilliers-en-Drouais

Arrivé sous la neige, le groupe atteint l’église de Louvilliers-en-Drouais pour y voir une statue de sainte Barbe datée du XVIe siècle. Monsieur le maire accueille les élèves et leurs professeurs et leur fait lui-même découvrir l’édifice et ses trésors : la différence étonnante de proportion entre la nef et le chœur en particulier.  C’est la belle polychromie de la statue de sainte Barbe qui retient toute l’attention du groupe et qu’il s’agit de préserver.

Pour finir la matinée par une pause bien méritée, la mairie accueille tout le monde dans la salle communale bien chauffée.

13h Statue de la Vierge de Pitié – Allainville

L’église Saint-Samson est à quelques kilomètres de Louvilliers-en-Drouais. Monsieur Alain Caperan, maire du village qui a accueille les lycéens et leur explique pourquoi les allainvillois sont très attachés à leur église, où ils célèbrent chaque 28 juillet la fête du saint patron de l’édifice.

Ici l’œuvre à restaurer est une vierge de pitié du XVIe accompagnée d’un bas-relief présentant les Apôtres, sans doute placés sur la façade de l’église au XIXe siècle. Fabienne Audebrand n’a pas de difficulté a expliquer pourquoi une restauration s’impose : le climat et le temps ont à l’évidence grandement altéré leur qualité.

La Vierge de Pitié et le bas relief présentant les Apôtres.

Une journaliste de l’Écho Républicain se joint au groupe et interroge les élèves sur leur sortie. Elle note que parmi eux, une grand majorité n’est jamais rentré dans une église.

14h Les anges en bois – Saulnières

Dans le paysage apparait Saulnières et son église Saint-Pierre. Elle fait partie de lieux patrimoniaux à voir avec la mairie, imposant manoir du XIXe siècle. L’équipe municipale qui accueille nos lycéens leur fait découvrir une belle église, ouverte et lumineuse malgré le temps neigeux.

L'église Saint-Pierre de Saulnières, aidée pour sa restauration par la Sauvegarde en 2003.

L’œuvre sélectionnée est un ensemble de deux anges sculptés sur bois peint en blanc, sans doute réalisé au XVIIe siècle. Fabienne Audebrand souligne la remarquable qualité d’exécution de ces deux œuvres et montre pourquoi elles ont un besoin d’une restauration.

15h Statue de saint Jean – Saint-Jean-de-Rebervilliers

Dernière étape de l’excursion des lycéens : l’église Saint-Jean de Saint-Jean-de-Rebervilliers où ils sont très chaleureusement accueillis par madame le maire, entourée des bénévoles de l’association de sauvegarde de l’église. Après avoir admiré l’architecture de cet édifice du XVe siècle et ses particularités, les étudiants s’assoient dans la nef pour se faire raconter l’histoire de la cinquième et dernière œuvre de la journée.

Elle est conservée dans la sacristie. L’endroit est exigu et les élèves s’y rendent en petit groupe pour constater la facture remarquable de cette oeuvre polychrome du XVIe siècle. Il s’agit de faire retrouver à saint Jean sa tête, qui a été conservée, à défaut de pouvoir lui faire retrouver sa main droite qui a disparu.

Le père François Muchery, affectataire de l’église et membre de la commission diocésaine pour l’art sacré, prend la parole afin d’expliquer aux lycéens son action en faveur du patrimoine et sa collaboration avec les services de la DRAC. Enfin, les lycéens ont la surprise et la joie de se voir offrir par la mairie un goûter très apprécié !

17h Retour à Dreux

C’est une belle journée de surprises qui s’achève pour les lycéens. Leurs carnets de notes remplis de références sur l’architecture et les œuvres, ils vont pouvoir travailler sur leur sortie et prépareront des exposés sur les éléments appris lors de cette excursion.

Mardi 16 février : les deux dernières œuvres sélectionnées dans l’église Saint-Pierre à dreux

Une semaine a passé. Cette fois-ci c’est M. Damien Chantrenne, conservateur du musée et du patrimoine de Dreux, Mme Fouzia Kamal, adjointe à la culture, ainsi que M. Jobert, référent patrimoine de la paroisse, qui accueille les lycéens en soulignant l’importance de leur engagement pour le patrimoine drouais.

Les lycéens ont le privilège que ce soit M. Chantrenne lui-même qui leur présente les deux toiles auxquelles ils sont invités à s’intéresser : une peinture de saint Grégoire du XVIIe siècle et un Christ en croix du début du XIXe siècle. L’exposé du conservateur est pédagogique et au plus près du travail des historiens de l’art et des restaurateurs. M. Chantrenne se montre remarquablement convaincant pour intéresser ses auditeurs à la beauté et à l’histoire de ces œuvres, mais aussi pour leur expliquer les problèmes très concrets que posent une restauration. Pour donner un exemple, il apporte une toile et explique les problèmes que posent la conservation des supports dû aux altérations qu’ils peuvent subir avec le temps. Il présente également aux lycéens les diagnostics des œuvres réalisés par des restaurateurs. Les questions sur ces aspects techniques sont nombreuses et permettent un échange constructif avec les lycéens.

étudier les œuvres et choisir laquelle restaurer

Maintenant et jusqu’au mois de mai, les élèves munis de leurs nombreuses notes vont étudier les sept œuvres sélectionnées pour eux par la DRAC avec leur professeur. Nul doute qu’ils auront envie d’aller les revoir pour demander l’avis de leurs amis et leur famille. Il leur faudra choisir pour décider de l’oeuvre qu’ils veulent restaurer à la fois de leur préférence et de l’urgence de la restauration.

Ils travailleront en classe sur ce qui fait la spécificité de ces objets d’art, leur type, leur état de conservation ainsi que leur symbolique et leur riche iconographie. Pour terminer, un vote sera organisé fin mai prochain pour élire l’œuvre qui mérite le plus d’être restaurée selon eux. À suivre…

La mobilisation des équipes pédagogiques, de la direction des services départementaux de l’éducation nationale, des équipes municipales, des élus et des associations a permis à ces journées d’être une belle réussite. Nous souhaitons ici les remercier pour leur concours essentiel dans cette opération pour l’éducation et le patrimoine.

« L’opération dont vous me relayez la présentation au sein de la campagne du Plus Grand Musée de France, est vraiment exemplaire en matière de transmission du patrimoine.

Non seulement elle a invité ces lycéens à découvrir des lieux de conservation du patrimoine in situ, à proximité de chez eux, en leur faisant comprendre les difficultés posées pour la préservation des œuvres (environnement climatique, sécurité…), mais, tel qu’il était conçu, le programme leur a offert aussi une incarnation très concrète du panorama des différents métiers oeuvrant collectivement à la protection du patrimoine dans leur région (une CAOA, un conservateur de musée, des représentants d’une association patrimoniale, un représentant du clergé affectataire, des élus…)…

Le meilleur moyen d’éveiller des vocations ! »
Isabelle Chave, Conservateur en chef du patrimoine, Chef du bureau de la conservation des monuments historiques mobiliers.