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Élevée à l’emplacement d’un premier sanctuaire maçonné, dont l’existence est attestée à la fin du XIIe s., l’église Saint-Martin a été, comme la plupart de celles de Flandre maritime, reconstruite après les ravages causés par les Gueux dans la seconde moitié du XVIe s., et plus précisément après 1610, date des décrets instaurant la levée d’impôts destinés à financer ces reconstructions. C’est un vaste édifice qui appartient au type le plus classique des hallekerke à trois nefs parallèles d’égale hauteur, terminées par des absides à pans et précédées d’une puissante tour quadrangulaire adossée à la nef centrale.

Pillée, puis incendiée à deux reprises par les Gueux, elle fut reconstruite, dit-on, à partir de 1618 et consacrée en 1626. On relève toutefois la date de 1609 sur la nef nord et celle de 1594 sur le pignon de celle du sud.

Élevés à partir de fondations englobant par endroits des grès ferrugineux provenant des monts de Flandre, les murs extérieurs sont faits de briques d’un rouge très accentué, agrémentés de motifs géométriques. La légèreté des voûtes lambrissées, revêtues de plâtre et d’enduit presque blanc, a permis l’ouverture de grandes fenêtres dans les murs extérieurs, palliant largement l’absence d’éclairage direct de la nef centrale.

Comme il est d’usage dans la région, la simplicité de cette architecture s’accompagne d’une étonnante richesse mobilière. Le maître-autel en bois doré, rehaussé de miroirs, est surmonté d’un grand tabernacle encadré d’anges adorateurs. Au-dessus, un retable monumental superpose la figure de saint Charles Borromée devant la croix, l’agneau reposant sur le livre aux sept sceaux, la figure de Dieu le Père accompagné d’anges, la colombe du Saint Esprit et, sur le plafond, l’apothéose de saint Martin, patron de la paroisse. La composition, qui s’étend à tout le chœur, est clairement structurée par les pilastres qui encadrent les grandes fenêtres.

Les autels latéraux, dotés de colonnes torses, ont été exécutés en 1715 par l’audomarois Jacques Wailsch et dotés à la fin du XIXe s. de tableaux de Bafcop, peintre de Cassel. Celui du nord, abondamment fleuri, est dédié à la Vierge, celui du sud à saint Nicolas. On trouve aussi deux autels et retables secondaires du XVIIIe s. adossés à des piliers, l’un dédié au Christ flagellé, l’autre à saint Gohard. Quant aux stalles du chœur, probablement rapportées, elles sont d’un bon style Louis XV.

François Spillemaker a réalisé deux œuvres principales : le buffet d’orgue, daté de 1771, et surtout la chaire monumentale, datée de 1780, ornée des figures des évangélistes, d’une statue de saint Roch et, sur la rampe, de palmes et de feuillages ajourés, accompagnant trois médaillons illustrant des scènes pittoresques de l’histoire de Jonas.

Le banc de communion, en fer ouvragé, a été exécuté à la fin du XIXe s. dans un bon style du début du XVIIIe. C’est également à cette époque que remontent d’autres éléments, réalisés eux aussi dans le goût du siècle précédent : le chemin de croix (1839) et les lambris Louis XV qui font le tour de l’église (c. 1898), incluant deux remarquables confessionnaux sculptés par Spillemaker, qui y a représenté les figures de saint Pierre et du Bon Pasteur.

Haute de 30 mètres, la tour est l’une des plus importantes de la région. Entièrement élevée en briques, y compris ses puissants contreforts, elle présente au nord des motifs géométriques, croisillons et croix de Saint-André, dessinés en briques sombres.

Pour participer à la restauration de la tour et des pignons latéraux (couverture, charpente, maçonnerie), la Sauvegarde de l’Art français a octroyé un don de 30 000 € en 2012.

Philippe Seydoux

 

Bibliographie :

É. Théodore, « Note sur l’église d’Arnèke », Bulletin du Comité flamand de France, t. IV, 1905, p. 495 et suiv.

E. Lotthé, Les églises de la Flandre française au nord de la Lys, Lille, 1940, p. 63 et passim (réimpr. 17-Bouhet, 2005).

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