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UN TÉMOIGNAGE PRÉCIEUX DU GOÛT DIRECTOIRE

Ils sont rares, très rares même, ces survivants déliquescents que sont les papiers peints du XIXsiècle. Matériaux par nature fragiles, ils s’abiment plus vite que les murs qu’ils dissimulent et disparaissent bien souvent avant leurs supports. Parent pauvre de la hiérarchie des arts, relégués injustement à un rôle strictement décoratif en raison de leur processus de fabrication sériel, les papiers peints ont parfois souffert et souffrent encore d’un imaginaire souvent éloigné des arts et des techniques qu’ils incarnent pourtant.

Pourtant justement ! la fabrication d’un papier peint devient, avec la fin du XVIIIsiècle, d’une grande technicité. Les manufacturiers déposent de nombreux brevets pour protéger leurs inventions et combinent souvent plusieurs procédés pour obtenir les effets les plus variés (gaufrage, dorure, satinage, etc.). Ces techniques nouvelles permettent d’imiter presque tous les matériaux. Le papier peint passe maître dans l’art du trompe-l’œil ! Au XIXe siècle, il rend ainsi à la perfection la profusion végétale d’un jardin d’hiver et peut reproduire aussi bien une tenture de cuir de Cordoue, une dentelle d’Argentan ou encore une soierie lyonnaise.

Là, un décor grotesque abritant guirlandes de fleurs et papillons ; ici, une jonque remontant le fleuve paisible d’une Asie fantasmée ; là encore, la vision romantique des vestiges d’une Rome privée de sa grandeur par une nature reprenant ses droits.

C’est cette dernière composition qui retient ici notre attention. Il s’agit d’une vue panoramique non répétitive réalisée au début du XIXe siècle (1800-1810) par le célèbre manufacturier Joseph Dufour pour la vénérable Maison Girard de Bas-en-Basset. Œuvre de prestige, la réalisation de ce type de panorama — ou « tableaux paysages » pour rester fidèle à l’appellation du XIXe siècle — nécessitait jusqu’à 2000 planches gravées et plusieurs années de travail. Voilà une vérité bien éloignée des idées préconçues de mécaniques industrielles appliquées au papier peint !

Dans une logique immersive, ces panoramiques, composés de plusieurs scènes et possédant la même ligne d’horizon, s’étiraient sur l’ensemble des murs d’une même pièce. Et bien que ne couvrant que trois murs sur quatre, les ruines antiques de la Maison Girard n’échappent pas à la règle ! S’y côtoient végétation luxuriante, sources et fontaines cristallines, personnages champêtres, pêcheurs et bateaux, et vestiges que ne désavouerait pas le grand Hubert Robert. C’est bien là le parangon d’un goût directoire pour le pittoresque et l’antique.

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle © Claire Pautrat

UNE ŒUVRE EN DANGER

Or, ce témoignage fragile des exubérances esthétiques qui ont accompagné le glas de la terreur se trouvait menacé. Le papier peint, en bon matériau périssable qu’il est, s’altère. Il accueille moisissures et poussières, tandis que les décollements et autres déchirements organisent le rythme des repeints. Mais c’est parfois la mort du support qui dicte l’urgence de la sauvegarde de son œuvre. Et la Maison Girard devait être détruite.

Fort heureusement, la commune de Bas-en-Basset a su réagir à temps et les « Ruines de Rome » ont été déposées pour restauration dans l’atelier de Maximiliane Richy. Ce projet, emmené également par Camille Thill, formée à la conservation de « peinture spécifique support » et en charge de la mise sur châssis, fut supervisé par Claire Pautrat, spécialiste en Arts graphique et documents sur papier.
Les travaux réalisés, l’ensemble des lés reconstitués prendront place dans un bâtiment communal afin que chacun puisse profiter sans limite de cette belle œuvre d’art !

Restait alors à décharger la commune de ces frais de conservation et de restauration.

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle © Claire Pautrat

LE SOUTIEN DE LA FONDATION D’ENTREPRISE MICHELIN

Conscients de l’intérêt de ce patrimoine en péril immédiat et sensibilisés à sa préservation, les collaborateurs du site Michelin de Blavozy, par le biais de leur fondation d’entreprise, ont alors décidé de lui venir en aide.

La Fondation d’Entreprise Michelin s’engage en effet depuis quatre ans aux cotés de la Sauvegarde de l’Art Français dans la campagne du Plus Grand Musée de France. Les collaborateurs de Blavozy sont ainsi invités à partir à la découverte des trésors à restaurer de leur région. Ceux sélectionnés sont ensuite soumis à un jury, composé de représentants de la Fondation d’entreprise, des différents sites participants, de la Sauvegarde de l’Art Français et d’un conservateur du Musée du Louvre. Ensemble, ils décident de l’attribution d’un prix qui aidera à la restauration d’une des œuvres proposées.

En complément des aides attribuées par la DRAC et le Département, le prix Michelin permit de couvrir l’intégralité du coût restant à la charge de la Mairie pour la restauration de notre papier peint lauréat.

Cérémonie de remise du Prix Michelin

Le projet en images

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle © Claire Pautrat

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle © Claire Pautrat

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle © Claire Pautrat

Les ruines de Rome, papier peint de la Ière moitié du XIXe siècle ©Claire Pautrat

Cérémonie de remise du Prix Michelin