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sainte Famille

Elisa Bérard,  Benjamin Esteves, Enzo Menuge et Emmanuelle Vizzari,  étudiants à la Sorbonne Université, se lancent dans le sauvetage d’une huile sur toile conservée à Bagneux (92).

L’histoire, issue des Évangiles apocryphes, se situe après le Massacre des Innocents. Ayant appris la venue au monde du nouveau « roi des Juifs », le roi de Judée Hérode commandita l’assassinat de tous les nouveau-nés de Bethléem. Jésus et ses parents, Joseph et Marie, s’enfuirent alors en Égypte. Au milieu de cet exil brutal et haletant, la Sainte Famille fit une halte. Ce moment devint un sujet de prédilection pour les artistes, peignant une parenthèse de bonheur simple et humain au cœur d’une histoire tragique.

Dans ce tableau, le père charpentier est situé sur la gauche, rejeté à l’arrière dans l’ombre, en train de lire. La mère et l’Enfant se trouvent au premier-plan, occupant la quasi-totalité de la toile, signifiant par là leur prédominance religieuse. La composition est relevée par la grande tunique bleue de Marie, une couleur lui étant traditionnellement rattachée afin de l’identifier. Son visage voilé, d’une beauté idéalisée, est tourné vers le spectateur, le regardant tout en lui présentant d’un geste raffiné de sa main droite Jésus, qu’elle vient de sortir de son lit. La tête de l’Enfant, surmontée d’une auréole afin de marquer sa divinité, est tournée vers le Ciel, annonçant sa destinée divine suite à son Ascension. Il est vêtu d’un drapé blanc, le peintre jouant avec la couleur des fleurs-de-lys à côté, deux symboles de pureté dans la religion chrétienne, associés à Marie.  

L’horizon est obstrué par un grand rideau animant et théâtralisant la scène, ainsi que par un muret dont la forme arrondie embrasse les personnages tout en les protégeant des événements dramatiques extérieurs. Ces choix artistiques permettent en même temps de retenir le regard du spectateur sur les personnages bibliques, le tableau servant avant tout d’instrument de dévotion destiné à soutenir la prière des dévots.

 Si le peintre représente une fameuse scène biblique conformément aux codes du temps, il s’y emploie de manière virtuose. En effet, le tableau est remarquable par sa qualité technique, notamment dans les visages de Marie et Jésus. Comme l’a remarqué Guillaume Kazerouni[1], ces éléments permettent de rapprocher l’œuvre de la production de Pierre Mignard, l’un des plus grands artistes du XVIIème siècle, ayant reçu la charge de Premier Peintre de Louis XIV.

La frontalité des visages du tableau de Bagneux, mais aussi les regards fixés vers le spectateur, le trait d’ombrage sous les yeux ou les bouches légèrement pincées, sont autant d’éléments caractéristiques de l’art de P. Mignard se retrouvant dans des œuvres célèbres comme le Saint Jean-Baptiste (1688, Madrid, musée du Prado) ou le Portrait de la marquise de Maintenon (1684, Versailles, château). À cet égard, il faut noter la proximité des traits du visage de Marie avec ceux de Madame de Maintenon. Antoine Guillois rappelait que le confesseur de la marquise, François Gobelin, résidait à Bagneux[2]. Ainsi, si ce dernier posséda le tableau, l’œuvre est associée à la commune depuis trois siècles, renforçant son importance patrimoniale locale.

 Selon toute vraisemblance, le peintre de la Sainte Famille de Bagneux est de la génération suivante à celle de Pierre Mignard, ayant été influencé par le peintre officiel du Roi-Soleil. Au même moment, Jean-Baptiste Santerre, quoique possédant une manière de peindre différente du tableau de l’église Saint-Hermeland, figura dans son chef-d’œuvre aujourd’hui conservé au musée du Louvre, Suzanne au bain (1704), un muret arrondi similaire à l’arrière-plan de sa composition.

Le sujet religieux paisible et harmonieux, figurant un Jésus nourrisson mais déjà auréolé et tourné vers sa destinée, s’inscrit dans le contexte religieux troublé autour de 1700. En 1685, Louis XIV révoque l’Édit de Nantes qui assurait une liberté de culte aux protestants. En parallèle, le clergé multiplie les commandes artistiques ayant trait à des dogmes propres aux catholiques (comme l’Eucharistie) mais aussi à l’enfance du Christ, comme on retrouve en 1698 dans la cathédrale Notre-Dame de Paris avec le May de Joseph Vivien[3].

Avec sa restauration, cette Sainte Famille – ayant probablement appartenue à des acteurs importants de l’Histoire de France liés à la ville de Bagneux – pourra retrouver un état permettant de préciser l’attribution du peintre, revenant de toute évidence à un artiste talentueux de la fin du règne de Louis XIV, marqué par les conflits historiques et religieux de son temps.

 

[1] Guillaume Kazerouni dans ???

[2] Antoine Guillois, Documents et souvenirs relatifs à Fontenay-aux-Roses, 1907, p. 50. En ligne : www.fontenay-aux-roses.fr/fileadmin/fontenay/MEDIA/decouvrir_la_ville/histoire/Archives/Antoine_Guillois.pdf

[3] Delphine Bastet, Les Mays de Notre-Dame de Paris, Paris, Arthena, 2020, p. 88-90.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet en images

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