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Ou comment l’on a découvert un chef-d’œuvre de Pierre Mignard sous les traits d’un tableau jauni du XIXe siècle.

L’église de Fontenay-aux Roses, vénérable édifice du XIXe siècle, possède une collection de tableaux bien particuliers. Ils sont en effet tous marouflés et recouverts d’une épaisse couche d’un verni jaune et épais, donnant aux œuvres un aspect verdâtre aux traits sans acuité.

Difficile dans ces conditions de distinguer la patte d’un maître ou de dater une œuvre d’art. Dans le doute, la Conservation des Antiquités et Objets d’art avait conclu que celui de la Vierge à l’Enfant, alors fixé au mur du bas-côté nord, était une copie XIXe, de bonne facture, d’un tableau du XVIIe siècle, peut-être de Mignard. Impossible de savoir comment ce tableau est arrivé dans l’église, pas plus que les conditions dans lesquelles lui et ses pairs ont été collés aux murs et recouverts de ce vernis pour coques de bateaux.

Le tableau attirait pourtant l’attention et le doute subsistait 

Et si c’était un véritable Mignard ? Jean-Claude Boyer, chercheur honoraire au CNRS et spécialiste de la peinture de Pierre Mignard à qui l’on a demandé son expertise en était presque certain. Une étude plus approfondie de l’œuvre, des pigments et de la facture permettrait de le confirmer. Ce tableau méritait une restauration !  La Sauvegarde de l’Art Français a pu la rendre possible grâce au mécénat offert par le Crédit Agricole d’Ile-de-France et à la persévérance de Gilles Pradère et d’Agnès Senga, paroissiens de l’église, qui n’ont eu de cesse d’attirer l’attention sur le tableau.

Le travail a été confié à Emmanuel Joyerot pour le support et Genevière Guttin pour la couche picturale. La première étape a été la plus délicate : démaroufler le tableau. Il a fallu pour cela que le restaurateur attaque en profondeur la couche de plâtre épaisse du mur pour ne pas risquer d’endommager la toile. Il est alors apparu que justement, de toile, il n’y en avait pas !

En effet, après le démarouflage et le nettoyage de l’arrière de l’œuvre, les restaurateurs ont découvert avec stupéfaction que la couche picturale avait été transférée de sa toile d’origine sur un support extrêmement fragile fait de gaze enduite. « Jamais je n’aurais osé démaroufler ce tableau si j’avais su cela » explique Emmanuel Joyerot. Le risque d’abimer irréversiblement la peinture était en effet trop grand. Mais par miracle, l’œuvre a pu être décollée sans heurts et mise à l’abri sur un support temporaire, chez Geneviève Guttin, qui s’est empressée de refixer les endroits malmenés par ce déménagement.

La restauration véritable a pu alors commencer

Ôter le vernis à la gomme-laque qui a été posée sur la couche picturale est une véritable gageure pour la restauratrice tant ce matériau fait pour les meubles est tenace. Mais le résultat est exceptionnel ! Dégagé de sa couche de vernis, le tableau révèle toute la richesse des couleurs et la douceur de la scène peinte. La facture du maître est aussi confirmée : Mignard peignait en couches de peinture fines et rapides, d’un geste sûr, ce qui est tout à fait visible sur ce tableau dont on voit en certains endroits la finesse des couleurs appliquées sur un apprêt rouge. Autre signe distinctif : la qualité de réalisation de la main droite de la Vierge, jusque-là cachée sous le cadre du tableau et qui, nettoyée, s’est montrée de la même qualité que celles d’autres œuvres de Mignard. Une véritable redécouverte !

Ce que montre aussi le dégagement du vernis, c’est la quantité de repeints qui ont été appliqués depuis parfois très longtemps sur le tableau. Certains semblent remonter au XVIIIe siècle, révélant que ce tableau a subi des désagréments très tôt. La couche picturale est parsemée de manques dont certains ont été rebouchés avec un enduit blanc. C’est malheureusement le cas du visage de la Vierge. « Nous prendrons comme modèles les autres visages de la Vierge de tableaux similaires de Mignard pour refaire cette partie » assure la restauratrice. A aussi été supprimé l’encadrement de peinture noire exécuté sur les bords de l’œuvre. Celle-ci a ensuite été transférée sur une toile et un châssis adaptés, avant d’être protégée par un vernis adapté et réversible.

Une procédure de classement du tableau au titre des Monuments Historiques a été engagée par la Ville de Fontenay-aux-Roses.